# Autogreffe rétinienne : à Turin, une aveugle revoit son fils

*Six heures de bloc, un œil sacrifié pour sauver l'autre, et la première greffe de macula au monde. Ce qu'on sait vraiment de l'opération de l'hôpital Molinette.*

Une autogreffe rétinienne inédite rend la vue à une Italienne de 67 ans. Technique, résultats et les réserves des spécialistes français.

**Thème :** Science  
**Publié le :** 2026-08-28 07:21:53  
**Source :** https://golemtech.ovh/AutoArticle/article/autogreffe-retinienne-a-turin-une-aveugle-revoit-son-fils

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Elena a 67 ans et n'avait rien vu depuis cinq ans. En juillet, à l'hôpital Molinette de Turin, une équipe l'a opérée pendant près de six heures. À la levée du pansement, elle a reconnu son fils, puis Joe, son chien guide. L'établissement revendique une première mondiale : la première **autogreffe rétinienne** incluant la macula, transférée d'un œil à l'autre chez la même patiente.

L'annonce date du 26 juillet et a mis plusieurs semaines à percoler dans la presse francophone. Elle mérite qu'on s'y arrête — et qu'on distingue soigneusement ce qui est démontré de ce qui reste à prouver.

## Une configuration clinique très particulière

Elena a été victime d'un grave accident de la route. Le bilan ophtalmologique était cruel dans sa logique :

- **œil gauche** : lésion irréversible du **nerf optique**. La rétine fonctionnait, la macula était intacte — mais le câble reliant l'œil au cerveau était coupé. Un capteur en bon état, débranché ;
- **œil droit** : nerf optique fonctionnel, mais **maculopathie** avec traumatismes cornéens. La connexion existait, le capteur était détruit.

Deux yeux inutilisables, chacun défaillant là où l'autre tenait encore debout. C'est exactement cette symétrie qui a rendu l'idée pensable : prélever le tissu sain de l'œil condamné pour le greffer sur l'œil encore connecté au cerveau.

## Ce que les chirurgiens ont déplacé

L'équipe de la clinique ophtalmologique universitaire du Molinette, dirigée par la **Pr Michele Reibaldi**, n'a pas transféré un simple lambeau. Elle a déplacé un **bloc anatomique complet** de l'œil gauche vers l'œil droit :

- la **cornée**, hublot transparent à l'avant de l'œil ;
- la **sclère**, la coque blanche qui donne sa rigidité au globe ;
- la **conjonctive**, la membrane de recouvrement ;
- et surtout la **macula**, zone centrale de la rétine de moins de 6 millimètres où se concentre la vision fine des détails et des couleurs.

C'est ce dernier élément qui constitue la revendication de première mondiale. On sait greffer une cornée depuis plus d'un siècle — c'est même l'une des transplantations les plus courantes au monde. Déplacer de la rétine centrale vivante, c'est un autre exercice.

## Pourquoi la rétine est si difficile à greffer

La rétine n'est pas un tissu ordinaire. C'est une extension du système nerveux central, un empilement de couches cellulaires épaisses de quelques centaines de micromètres, où les photorécepteurs communiquent avec des cellules bipolaires puis ganglionnaires selon une architecture d'une précision extrême.

Trois obstacles s'empilent :

- **la fragilité mécanique** — le tissu se déchire ou se plisse au moindre faux mouvement, et un pli suffit à ruiner l'image ;
- **la vascularisation** — un greffon rétinien doit être reperfusé vite, faute de quoi les photorécepteurs, parmi les cellules les plus énergivores de l'organisme, meurent ;
- **la reconnexion neuronale** — même parfaitement posé et irrigué, le greffon ne sert à rien s'il ne dialogue pas avec les circuits en aval.

À ces trois problèmes s'ajoute d'ordinaire le rejet immunitaire. Ici, il disparaît : c'est une **auto**greffe. Les tissus viennent de la patiente elle-même, aucun immunosuppresseur n'est nécessaire. C'est un avantage énorme — et c'est aussi la principale limite du procédé, on y revient.

## Ce qui est établi, et ce qui ne l'est pas

Établi à ce stade : plusieurs semaines après l'intervention, la patiente ne présentait **ni signe de rejet ni dégradation de la vision**. Elle est sortie de l'hôpital. La prise des tissus greffés est décrite comme bonne, avec une récupération fonctionnelle progressive.

Non établi : à peu près tout le reste. La Pr Reibaldi elle-même le formule sans détour — l'équipe attend de voir « dans quelle mesure la rétine greffée sera capable de fonctionner ».

La réserve la plus sèche vient de France. Le **Pr Michel Paques**, chef de service à l'hôpital national des Quinze-Vingts à Paris et spécialiste des pathologies rétiniennes, confirme le caractère inédit de la procédure tout en pointant l'essentiel : aucune **publication scientifique** n'existe à ce jour, ce qui rend impossible toute évaluation objective de la technique, de sa reproductibilité et des résultats annoncés.

Ce n'est pas un détail de procédure. Un communiqué d'hôpital n'est pas un article relu par les pairs. Sans acuité visuelle chiffrée, sans imagerie publiée, sans protocole détaillé, la communauté ophtalmologique ne peut ni valider ni réfuter.

## La question du passage à l'échelle

Admettons que tout se confirme. Combien de patients pourraient en bénéficier ?

Peu. Il faut réunir un œil dont la rétine centrale est intacte mais dont la voie optique est détruite, et un œil dont la voie optique fonctionne mais dont la macula est perdue. Chez la même personne. Cette combinaison existe — traumatismes asymétriques, tumeurs, atteintes vasculaires unilatérales — mais elle reste rare.

Les grandes causes de cécité ne rentrent pas dans ce cadre. La **DMLA** détruit la macula des deux yeux. La **rétinopathie diabétique** est bilatérale par nature. Le **glaucome** avancé abîme les deux nerfs optiques. Dans tous ces cas, il n'y a pas d'œil donneur interne.

L'intérêt réel de l'opération de Turin est donc ailleurs : elle démontre qu'un greffon maculaire peut survivre et s'intégrer chez l'humain. C'est une preuve de concept biologique. Si de la rétine centrale transplantée tient en place, se revascularise et transmet du signal, alors les approches à base de **cellules souches** — qui butent depuis des années sur l'intégration fonctionnelle des greffons — récupèrent un argument précieux.

## Ce qu'il faut surveiller maintenant

Trois échéances comptent :

- **la publication** dans une revue à comité de lecture, avec acuité visuelle mesurée, champ visuel, OCT et suivi longitudinal ;
- **la durabilité** à six et douze mois — une récupération initiale suivie d'une dégradation progressive est un scénario classique en chirurgie rétinienne ;
- **la reproductibilité** sur un second patient, par une autre équipe si possible.

D'ici là, ce qu'on peut dire tient en peu de mots : une femme qui ne voyait plus depuis cinq ans a revu son fils. Le reste attend la littérature.

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**Ressource recommandée : TextReader** — https://golemtech.ovh/TextReader/

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## Sources

- [VIDAL — Première mondiale d'une autogreffe rétinienne](https://www.vidal.fr/actualites/38154-premiere-mondiale-d-une-autogreffe-retinienne-redonnant-la-vue-a-une-femme-aveugle.html)
- [Gènéthique — Autogreffe de macula](https://genethique.org/italie-une-autogreffe-de-macula-permet-a-une-patiente-de-retrouver-la-vue-une-premiere-mondiale/)
- [RTS — Une femme aveugle recouvre la vue](https://www.rts.ch/info/sciences-tech/2026/article/italie-une-femme-aveugle-recouvre-la-vue-apres-une-greffe-inedite-29314557.html)
- [20 minutes — Autogreffe de rétine à Turin](https://www.20min.ch/fr/story/italie-aveugle-elle-retrouve-la-vue-apres-une-autogreffe-de-retine-103609735)
