# Espérance de vie en bonne santé : on vit plus vieux, plus longtemps malade

*L'écart entre durée de vie et durée de vie en bonne santé s'est creusé dans 203 pays sur 204. Deux années de plus passées diminué, en une génération.*

L'esperance de vie en bonne sante progresse moins vite que l'esperance de vie : l'ecart mondial atteint 10,7 ans en 2023. Les chiffres de l'etude Lancet 2026.

**Thème :** Science  
**Publié le :** 2026-08-16 07:17:16  
**Source :** https://golemtech.ovh/AutoArticle/article/esperance-de-vie-en-bonne-sante-on-vit-plus-vieux-plus-longtemps-malade

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Vivre plus longtemps, oui. En bonne santé, beaucoup moins. C'est le résultat, franchement inconfortable, d'une vaste étude du Global Burden of Disease publiée le 21 juillet 2026 dans *The Lancet Public Health*. L'**espérance de vie en bonne santé** progresse partout, mais moins vite que l'espérance de vie tout court. Résultat : le temps que nous passons diminués, gênés, limités, s'allonge. Dans 203 pays sur les 204 analysés.

## L'écart de morbidité, une notion à retenir

Les chercheurs de l'Institute for Health Metrics and Evaluation (IHME) de l'université de Washington, dirigés par Christopher Murray, mesurent ce qu'ils appellent le **morbidity gap** — l'écart de morbidité. C'est la différence entre deux courbes :

- l'espérance de vie totale (combien d'années on vit) ;
- l'espérance de vie en bonne santé, ou HALE (combien d'années on vit sans maladie ni incapacité significative).

Quand la première monte plus vite que la seconde, l'écart s'élargit. C'est exactement ce qui s'est produit entre 1990 et 2023.

## Les chiffres, sans filtre

Les ordres de grandeur méritent d'être posés :

- **Espérance de vie mondiale** : 64,6 ans en 1990 → **73,8 ans** en 2023. Plus de neuf années gagnées.
- **Espérance de vie en bonne santé** : 55,9 ans → **63,1 ans**. Sept années gagnées seulement.
- **Écart de morbidité mondial** : 8,8 ans → **10,7 ans**. Presque deux années de plus passées en mauvaise santé, en une génération.
- **Part de la vie en mauvaise santé** : 13,6 % en 1990 → **14,5 %** en 2023.

Le classement des pays les plus mal placés surprend, ou pas :

1. **États-Unis — 14 ans** d'écart de morbidité
2. **Australie — 13,9 ans**
3. **Canada — 13,7 ans**

Des pays riches, avec des systèmes de soins coûteux et performants pour maintenir les gens en vie. Ce qui est précisément le problème.

Dernier chiffre, et pas le moindre : l'écart atteint **12,1 ans chez les femmes** contre **9,3 ans chez les hommes**. Près de trois années d'écart entre les sexes. Les femmes vivent plus longtemps et passent une part plus importante de cette vie en mauvaise santé.

## D'où viennent ces années perdues

Les causes identifiées par l'étude ne sont pas celles qui tuent le plus. Ce sont celles qui abîment le plus longtemps :

- **Troubles musculo-squelettiques**, avec les lombalgies en tête. Le mal de dos, ce classique moqué, est le premier pourvoyeur mondial d'années vécues avec incapacité.
- **Troubles mentaux** : dépression et anxiété au premier rang.
- **Maladies des organes sensoriels**, en particulier la perte auditive.
- **Chutes et blessures non intentionnelles**.

Côté facteurs de risque, quatre reviennent : glycémie élevée, surpoids et obésité, malnutrition infantile et maternelle, tabagisme.

Ce classement dit quelque chose d'essentiel sur nos priorités sanitaires. La médecine a fait des progrès spectaculaires pour empêcher de mourir — infarctus, AVC, cancers, VIH. Elle a beaucoup moins avancé sur le fait d'empêcher de souffrir tous les jours. Un dos bloqué ne fait pas de mort ; il fait des décennies de vie diminuée, d'arrêts de travail et d'antalgiques.

## Pourquoi la médecine moderne fabrique cet écart

Le mécanisme est presque mécanique. Prenez une maladie chronique — diabète de type 2, insuffisance cardiaque, BPCO. Il y a trente ans, elle tuait dans un délai relativement court. Aujourd'hui, on la stabilise. La personne vit vingt ans de plus. Ces vingt années comptent dans l'espérance de vie. Elles ne comptent pas, ou mal, dans l'espérance de vie en bonne santé.

Ajoutez le vieillissement démographique, qui augmente mathématiquement la part de population porteuse de pathologies chroniques. Ajoutez l'obésité, dont la prévalence a explosé depuis 1990 et qui génère à elle seule un cortège de comorbidités durables. L'écart se creuse sans que personne n'ait rien fait de particulièrement stupide.

Ce n'est pas un échec de la médecine curative. C'est la conséquence de son succès, combinée à un investissement très insuffisant dans ce qui empêche la maladie d'apparaître.

## Les limites de l'exercice

Le GBD est un monument statistique, mais il faut savoir ce qu'on lit.

- Les données s'arrêtent à **2023**. Les effets à moyen terme de la pandémie sur la santé chronique, la santé mentale et le renoncement aux soins n'apparaissent pas dans toute leur ampleur.
- L'indicateur HALE repose sur des **pondérations d'incapacité** — des coefficients attribués à chaque état de santé pour dire à quel point il dégrade la vie. Ces pondérations sont issues d'enquêtes et restent discutées. Un chiffre unique pour « vivre avec une dépression modérée » est forcément réducteur.
- Pour de nombreux pays à faible revenu, les données sources sont partielles et modélisées. La précision affichée est supérieure à la précision réelle.
- Un écart de morbidité élevé peut aussi refléter un **meilleur dépistage**. On diagnostique davantage là où on cherche davantage.

Ces réserves n'annulent pas la tendance. Elles invitent à regarder la direction plutôt que la décimale.

## Ce que ça implique concrètement

Si la trajectoire se poursuit, chaque année gagnée en longévité s'accompagnera d'une fraction croissante d'années diminuées. Les systèmes de santé conçus pour l'épisode aigu — urgences, chirurgie, réanimation — vont continuer de mal absorber une demande qui est chronique, lente, quotidienne.

Les leviers identifiés par l'étude sont tous du côté de la prévention, et aucun n'est spectaculaire : contrôle glycémique, activité physique, prévention des chutes chez les personnes âgées, prise en charge précoce des lombalgies et des troubles anxio-dépressifs, dépistage et appareillage de la perte auditive. Rien qui fasse la une. Tout ce qui, cumulé, décide de la qualité des vingt dernières années d'une vie.

En France, les dispositifs de prévention par tranche d'âge vont exactement dans ce sens — repérer tôt les facteurs de risque avant qu'ils ne se transforment en incapacité durable. La question n'est pas leur pertinence, elle est leur taux de recours réel.

Le chiffre à garder en tête : **10,7 ans**. C'est la durée moyenne, à l'échelle mondiale, pendant laquelle une vie humaine se poursuit en mauvaise santé. Il augmente. Le faire baisser ne dépend presque pas de l'hôpital.

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**Ressource recommandée : Objectif Santé+** — https://objectifsante.net/

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## Sources

- [IHME — People are living longer but spending more years in poor health](https://www.healthdata.org/news-events/newsroom/news-releases/people-are-living-longer-spending-more-years-poor-health)
- [EurekAlert — Global Burden of Disease, The Lancet Public Health](https://www.eurekalert.org/news-releases/1136861)
- [Euronews — People are living longer, but not healthier](https://www.euronews.com/health/2026/07/22/people-are-living-longer-but-not-healthier-study-finds)
- [MedicalXpress — Longer lives, more years in poor health](https://medicalxpress.com/news/2026-07-people-longer-years-poor-health.html)
