# Horaires atypiques : l'Anses estime 55 à 75 % des actifs concernés

*Quinze ans après une saisine de la CFTC, l'agence publie son expertise sur le travail de nuit, du week-end et en journées longues. Et demande une définition légale qui n'existe toujours pas.*

Horaires atypiques : l'Anses chiffre entre 55 et 75 % les actifs exposés en France et réclame un cadre légal, une surveillance médicale et des compensations non monétaires.

**Thème :** Santé  
**Publié le :** 2026-09-29 07:16:23  
**Source :** https://golemtech.ovh/AutoArticle/article/horaires-atypiques-l-anses-estime-55-a-75-des-actifs-concernes

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Une saisine déposée en 2011. Un premier volet sur le travail de nuit en 2016. Et enfin, début septembre 2026, l'expertise complète. L'Anses a mis quinze ans à répondre à la CFTC sur les **horaires atypiques**, ce qui donne une idée de la difficulté du sujet — mais aussi du peu d'empressement collectif à le regarder en face.

Le résultat est un pavé dans la mare du droit du travail français : entre **55 % et 75 % des actifs** seraient exposés à au moins une forme d'horaire atypique. Autrement dit, la norme des « 9 h - 17 h du lundi au vendredi » est devenue une exception statistique.

## Ce que l'agence met exactement derrière le mot

Le travail de nuit, tout le monde voit. L'Anses élargit considérablement le périmètre, et c'est là que la fourchette explose. Sont considérés comme atypiques :

- le **travail le week-end**, samedi et/ou dimanche ;
- les **journées longues**, au-delà de 8 heures par jour et/ou 40 heures par semaine ;
- les **horaires décalés**, entre 5 h et 8 h le matin, ou entre 19 h et minuit le soir ;
- le **travail de nuit** au sens réglementaire.

Rangez là-dedans les soignants, les caissiers du dimanche, les boulangers, les routiers, les agents de nettoyage qui commencent à 5 h, les cadres qui bouclent à 21 h, les équipes de maintenance en 3x8. Vous avez la moitié du pays.

## D'où vient cette fourchette de vingt points

Un écart de 55 à 75 %, ce n'est pas un intervalle de confiance, c'est un aveu. L'Anses le dit clairement : il n'existe **aucune définition légale commune** des horaires atypiques en France, et donc aucun appareil statistique capable de les compter proprement.

Selon les scénarios retenus — notamment la manière de calculer les durées de travail et le seuil de régularité de l'exposition —, on passe d'un peu plus de la moitié des actifs à trois sur quatre. Le message implicite est violent : on demande à des millions de salariés d'organiser leur vie autour d'horaires dont l'État ne sait même pas mesurer la prévalence.

C'est d'ailleurs la première recommandation de l'agence : **adopter des définitions légales communes**, dotées d'une portée réglementaire, pour que le sujet existe dans les statistiques publiques et dans les documents uniques d'évaluation des risques.

## Démontré, suggéré : la nuance que personne ne lira

L'Anses fait un travail de gradation des preuves qu'il faut restituer honnêtement, parce que tout ne se vaut pas.

### Journées longues

Là, l'expertise parle d'effets **démontrés** sur :

- les maladies cardiovasculaires,
- l'anxiété,
- la qualité du sommeil.

Et d'effets **suggérés** sur la santé reproductive, la santé métabolique, la dépression, l'équilibre vie professionnelle / vie personnelle et le risque d'accident.

### Travail du week-end

Effet **démontré** sur l'articulation entre vie professionnelle et vie personnelle. Effets **suggérés** sur la santé mentale (dépression, anxiété) et sur le corps : sommeil, douleurs, fatigue, troubles musculosquelettiques.

### Horaires décalés

Ici, la littérature reste au stade du **suggéré** : vie socio-familiale, santé mentale, santé cardiovasculaire, qualité du sommeil.

Distinguer ces trois niveaux compte. Un employeur pourra toujours objecter qu'un effet « suggéré » n'est pas une preuve, et il aura techniquement raison. Mais l'accumulation de signaux convergents sur quatre familles d'horaires différentes ne ressemble pas au hasard.

## L'approche intégrative, ou pourquoi la prime ne suffit pas

Le passage le plus politique de l'avis concerne les **compensations**. L'Anses recommande de privilégier des contreparties **non monétaires et favorables à la santé** :

- réduction du temps de travail à salaire égal,
- repos compensateurs,
- aide au transport,
- aide à la garde d'enfants.

Traduction : la majoration de salaire pour travail de nuit ou du dimanche ne répare pas le sommeil perdu. Elle le monétise. Et elle crée même un effet pervers bien connu des ressources humaines — des salariés qui réclament les créneaux les plus délétères parce que ce sont les mieux payés.

L'agence propose aussi d'**étendre aux autres formes d'horaires atypiques les protections aujourd'hui réservées au travail de nuit** : surveillance médicale renforcée, dispositions spécifiques pour les travailleuses enceintes. Aujourd'hui, une salariée qui commence à 5 h du matin n'entre pas dans la catégorie « travail de nuit » et ne bénéficie donc d'aucun de ces garde-fous.

Enfin, l'Anses invite à sortir du seul cadre de l'entreprise pour intégrer ce qu'elle appelle une **approche intégrative** : transports en commun qui ne circulent pas à 4 h, crèches fermées le dimanche, épisodes climatiques qui rendent un poste de nuit en été plus éprouvant, polyexpositions (bruit, chaleur, produits chimiques) qui s'additionnent aux horaires.

## Les limites de l'exercice

Un avis d'agence sanitaire n'est pas une loi, et l'histoire récente invite à la prudence. Le volet 2016 sur le travail de nuit avait déjà conclu à des effets probables sur le cancer, la santé métabolique et cardiovasculaire. Dix ans plus tard, le recours au travail de nuit n'a pas reculé.

Autres réserves à garder en tête :

- l'expertise repose sur de la **littérature épidémiologique observationnelle**, avec les biais classiques (auto-sélection des travailleurs les plus résistants, difficulté d'isoler l'horaire des autres conditions de travail) ;
- la fourchette 55-75 % est une **estimation de modélisation**, pas un comptage ;
- aucune quantification du risque attribuable n'est fournie pour la plupart des effets « suggérés ».

Côté syndical, Frédéric Fischbach, président de la fédération Santé-Sociaux de la CFTC, résume l'intérêt pratique de l'avis : dans les secteurs du soin, les horaires atypiques sont partout, et disposer d'une expertise publique change le rapport de force en négociation.

## Ce qui va se jouer dans les mois qui viennent

Trois terrains concrets.

**La branche.** Les négociations d'accords sur l'organisation du temps de travail vont pouvoir s'appuyer sur un document d'agence pour réclamer du repos plutôt que de la prime. Hôpitaux, logistique, grande distribution, propreté : ce sont les secteurs où la bascule sera visible.

**Le document unique.** Faire entrer l'horaire atypique dans l'évaluation des risques professionnels, au même titre que le bruit ou les postures, obligerait des dizaines de milliers d'employeurs à écrire noir sur blanc ce qu'ils imposent.

**La médecine du travail.** Étendre la surveillance renforcée à 55-75 % des actifs est matériellement impossible avec les effectifs actuels de médecins du travail. L'Anses pose donc, sans le dire, une question de moyens.

À court terme, un salarié en horaires décalés peut au moins faire trois choses : demander la **visite médicale** à laquelle il a droit, vérifier ce que prévoit sa convention collective en matière de repos compensateur, et exiger un **délai de prévenance** sur les changements de planning — l'Anses insiste sur la prévisibilité comme facteur protecteur à part entière. Un planning connu trois semaines à l'avance n'est pas un confort. C'est une mesure de santé.

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**Ressource recommandée : Objectif Santé+** — https://objectifsante.net/

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## Sources

- [Anses — Travailler en horaires atypiques : quels effets sur la santé et la vie sociale et familiale ?](https://www.anses.fr/fr/content/travailler-en-horaires-atypiques-quels-effets-sur-la-sante-et-la-vie-sociale-et-familiale)
- [CFTC — Faut-il davantage réguler le travail en horaires atypiques ?](https://www.cftc.fr/actualites/faut-il-davantage-reguler-le-travail-en-horaires-atypiques)
- [Renseignement Économique — Entre 55 % et 75 % des actifs exposés](https://renseignementeconomique.fr/entre-55-et-75-des-actifs-exposes-a-des-horaires-atypiques-l-anses-alerte-sur-un-enjeu-de-sante-publique)
- [CFTC Santé-Sociaux — Horaires atypiques : avis Anses](https://www.cftc-santesociaux.fr/horaires-atypiques-avis-anses-sante-travail/)
