GolemTechNews
Santé

Lancet Countdown 2026 : 3 millions de morts de chaleur en huit ans

Dixième édition du grand bilan climat-santé, et un mot nouveau dans le texte : urgence. Derrière, 54 indicateurs et des chiffres qui se passent de commentaire.

La rédaction GolemTech News généré le 2026-10-28 6 min de lecture 4 sources
Lancet Countdown 2026 : 3 millions de morts de chaleur en huit ans
Illustration : GolemTech News (IA)

Le mot « urgence », posé noir sur blanc

Le Lancet Countdown 2026 est sorti mercredi 28 octobre, et pour la première fois en dix éditions, ses auteurs ne se contentent plus de compter : ils demandent que le changement climatique soit déclaré urgence sanitaire mondiale. Pas une formule de communicant. Une demande institutionnelle adressée aux États, à douze jours de l'ouverture de la COP31 (9-20 novembre).

Ce rapport-là n'est pas un papier militant. C'est un exercice de comptabilité froide, piloté par la revue médicale britannique The Lancet, qui agrège chaque année les mêmes séries de données pour voir dans quel sens elles bougent. Édition 2026 : 146 chercheurs, plus de 100 institutions, une trentaine de pays, 54 indicateurs dont 4 inédits. Dix ans après l'entrée en vigueur de l'accord de Paris, le verdict tient en une phrase : les courbes sanitaires continuent de monter.

Ce que mesure vraiment le rapport

Beaucoup de gens imaginent un rapport sur les degrés et les glaciers. Ce n'est pas du tout ça. Le Countdown suit des choses très prosaïques :

  • la mortalité attribuable à la chaleur, pays par pays ;
  • les heures de travail perdues parce qu'il fait trop chaud pour tenir dehors ;
  • la surface des terres touchées par la sécheresse extrême ou les pluies extrêmes ;
  • les investissements énergétiques, propres contre fossiles ;
  • le nombre d'États dotés d'un plan national d'adaptation sanitaire, ou d'un système d'alerte précoce.

Autrement dit : est-ce que les systèmes de santé encaissent, et est-ce que quelqu'un se prépare. Les deux réponses sont nuancées, la seconde un peu moins mauvaise qu'on pourrait le craindre.

Les chiffres qui font mal

Le cœur du rapport, c'est la mortalité liée à la chaleur. Sur la période 2016-2023, les auteurs comptent en moyenne 540 800 décès par an attribuables à la chaleur, dont 369 900 — soit 68 % — imputables au réchauffement d'origine humaine. Mises bout à bout, ces années représentent environ 3 millions de morts. L'année 2023, la plus chaude jamais enregistrée à l'époque, culmine à elle seule à 710 000 décès.

Le reste de la facture est économique, et elle est salée :

  • 573 milliards d'heures de travail perdues en 2025 à cause de l'exposition à la chaleur ;
  • 1 070 milliards de dollars de revenus envolés la même année ;
  • 3,9 % du PIB perdu en Asie du Sud-Est, 3,2 % en Afrique. Les pays qui ont le moins émis paient le plus. Ce n'est pas une opinion, c'est dans le tableau.

En France, franceinfo relaie une estimation de plus de 5 700 décès attribués à la chaleur pour l'été 2025. Un chiffre qui, chez nous, passe généralement sous les radars médiatiques : la canicule tue lentement, chez des personnes âgées, à domicile, sans image spectaculaire.

La sécheresse, nouvelle vedette du rapport

L'indicateur qui saute aux yeux cette année n'est pas la chaleur. C'est l'eau. En 2025, 51,8 % des terres émergées ont connu au moins un épisode de sécheresse extrême. La surface concernée a augmenté d'environ 700 % par rapport à la décennie précédente. Sept cents pour cent.

Et ce n'est pas que le manque d'eau : 43 % des terres voient leur stockage d'eau diminuer sur le long terme, 37 % le voient augmenter, et au total 80 % des terres connaissent désormais des extrêmes hydrologiques dans un sens ou dans l'autre. Les pluies extrêmes touchent 17,2 % des surfaces sur 2016-2025, contre 14,8 % la décennie d'avant.

Traduction sanitaire : moins de rendements agricoles, plus d'insécurité alimentaire, plus de maladies hydriques, et des déplacements de population. La sécheresse ne tue pas sur le moment. Elle tue à retardement, par la malnutrition et les infections.

L'argent raconte une histoire contradictoire

Ici, le rapport devient presque schizophrène — et c'est ce qui le rend intéressant.

Côté bonne nouvelle : 2 100 milliards de dollars investis dans les énergies propres en 2025, contre 1 160 milliards dans les fossiles. Soit 82 % de plus pour le propre. La part des renouvelables dans la production électrique mondiale est passée de 5,5 % en 2016 à 13,5 % en 2023. L'électricité dans les transports a bondi de 427 % entre 2016 et 2023.

Côté mauvaise : les subventions aux combustibles fossiles cumulent 6 200 milliards de dollars depuis 2016. Les 100 plus grosses entreprises du secteur prévoient une production 150 % supérieure à ce que permettrait la trajectoire de Paris — contre 138 % l'an dernier. Elles accélèrent. Et 80 % de l'énergie mondiale reste fossile.

Les auteurs nomment explicitement les responsables de ce blocage : « intérêts établis », lobbying et désinformation de l'industrie fossile. Pour un rapport scientifique, c'est direct.

Ce qui s'améliore, quand même

Il serait malhonnête de ne retenir que le catastrophisme. Plusieurs indicateurs vont dans le bon sens, et vite :

  • l'amélioration de la qualité de l'air évite désormais 323 000 décès par an (la pollution aux fossiles en tue encore 2,73 millions) ;
  • 56 États membres de l'OMS sur 194 ont un plan national d'adaptation santé-climat en 2026, contre 14 en 2015 ;
  • 47 pays ont réalisé une évaluation de vulnérabilité, et 75 sur 145 disposent d'un système d'alerte précoce ;
  • le financement de la recherche santé-climat est passé de 42 millions de dollars en 2016 à 316 millions en 2024, soit +655 %.

Bémol immédiat sur ce dernier point : 84 % de cet argent va à des pays à revenu élevé. Les régions qui prennent les coups les plus durs financent le moins leur propre science.

Les limites à garder en tête

Attribuer un décès à la chaleur relève de la modélisation statistique, pas du certificat de décès. On compare la mortalité observée à une mortalité attendue, et on impute l'écart. La méthode est robuste et reconnue, mais elle produit des fourchettes, pas des chiffres gravés. Le « 68 % imputables au réchauffement humain » repose sur des modèles climatiques contrefactuels : un monde sans émissions humaines, qui n'existe que dans les simulations.

Autre nuance : le rapport mélange des séries s'arrêtant en 2023 (mortalité) et d'autres allant jusqu'en 2025 (sécheresse, investissements). Comparer les deux demande de la prudence.

Enfin, « déclarer une urgence sanitaire mondiale » n'a pas de définition juridique automatique hors du cadre du Règlement sanitaire international, taillé pour les épidémies. Ce que demandent les auteurs est donc autant politique que technique.

Et maintenant

Le texte arrive sur la table de la COP31 avec un objectif clair : faire passer la santé du statut d'argument émotionnel à celui de ligne budgétaire. Un plan national d'adaptation sanitaire, ça ressemble à des choses très concrètes — des plans canicule qui tiennent, des cabinets et des EHPAD rafraîchis, des alertes qui arrivent avant la vague et pas pendant, des soignants formés à repérer la décompensation liée à la chaleur chez un patient sous diurétiques.

C'est à cet endroit que le rapport cesse d'être abstrait. Les 5 700 morts français de l'été 2025 ne sont pas tombés à cause d'un dixième de degré global. Ils sont tombés parce qu'une chaîne de prévention, quelque part, n'a pas tenu. Dix ans de Countdown servent surtout à ça : rappeler que le thermomètre n'est qu'un symptôme, et que les leviers sont, eux, très terre-à-terre.

Sources

  1. franceinfo — Le changement climatique doit devenir une urgence sanitaire mondiale
  2. ABC News — Global Lancet study counts almost 3 million climate change-related deaths
  3. News-Medical — Climate change intensifies global health risks, Lancet Countdown report warns
  4. The Lancet Countdown — Tracking Progress on Health and Climate Change

À lire aussi