Lupin partie 4 : 1 114 jours d'attente, et Assane qui perd la main
Netflix a lâché les huit épisodes le 23 octobre. Omar Sy est passé showrunner, et la série s'offre enfin le retournement qu'elle évitait depuis la saison 1.
Trois ans et dix-huit jours. Exactement 1 114 jours entre la partie 3 et la mise en ligne de Lupin partie 4, arrivée le 23 octobre 2026 sur Netflix avec huit épisodes d'un coup. Dans l'économie des séries à succès, c'est une éternité — assez pour qu'un public se disperse, assez pour qu'une mode passe. Omar Sy a sa réponse à ceux qui ont trouvé le temps long : « On voulait être sûr d'avoir une saison qui méritait de revenir, d'éviter la redondance. »
Voyons si le compte est bon.
Le pitch, et le retournement qui sauve la série
Assane Diop est en prison. Quatre ans de détention, et l'envie, pour une fois sincère, d'en finir avec le vol. L'ennui, c'est qu'un cambrioleur se met à signer ses coups « Lupin » pendant qu'il est enfermé. Deux casses lui sont attribués au moment où sa sortie approche. Le gentleman cambrioleur se retrouve donc accusé de ce qu'il n'a pas fait — et obligé de redevenir ce qu'il voulait quitter pour démasquer l'imposteur.
Sur le papier, c'est un ressort de polar vieux comme le genre. Dans le cas de Lupin, c'est le premier vrai renversement depuis le début. Les trois premières parties reposaient sur une mécanique confortable : Assane a toujours un coup d'avance, le spectateur découvre le plan en flashback, tout le monde applaudit. Efficace deux saisons, mécanique la troisième.
Ici, il perd le contrôle. Absolute Geek y voit « la décision la plus judicieuse que la série ait prise depuis des années ». Collider salue « un retour bienvenu à l'action nerveuse de la partie 1 ». Et The Guardian relève le fond politique, qui était là depuis le pilote et qui prend enfin du relief : les préjugés qui rendaient Assane invisible — donc efficace — le désignent maintenant comme coupable évident. Soit exactement ce qui est arrivé à son père, accusé à tort d'un vol qu'il n'avait pas commis. La série referme sa propre boucle.
Qui fait quoi
Le générique a bougé, et ça compte.
- Omar Sy reprend Assane Diop et devient showrunner, aux côtés de Louis Leterrier. L'acteur principal prend la main sur la direction créative.
- La série reste créée par George Kay et François Uzan.
- À l'écriture : Mathilde Arnaud, Jean-Yves Arnaud, Tigran Rosine, Florent Meyer.
- À la réalisation : Édouard Salier, Everardo Gout et Hugo Gélin.
- Au casting : Ludivine Sagnier (Claire), Antoine Gouy (Benjamin Férel), Soufiane Guerrab (Youssef Guédira), Shirine Boutella (Sofia Belkacem), ainsi que Théo Christine et Laïka Blanc-Francard.
- Production Gaumont, avec la participation de Carrousel Studios. Paris reste le décor principal — et le vrai personnage secondaire de la série.
Un comédien qui devient showrunner de sa propre série, en France, reste rare. C'est une prise de pouvoir, et elle se voit à l'écran : la partie 4 traite Assane comme un homme qui doute, plus comme un numéro de magie.
Les chiffres derrière le phénomène
- 99,5 millions de vues pour la partie 1 en 91 jours : Lupin a été, et reste, l'une des plus grosses réussites non anglophones de Netflix.
- Près d'un milliard d'heures cumulées de visionnage pour la série, chiffre relayé en juin 2026.
- 1 114 jours entre les parties 3 et 4.
- 8 épisodes, disponibles intégralement le 23 octobre.
Ce palmarès explique la patience de Netflix. Lupin fait partie du très petit club de séries françaises capables de porter le catalogue à l'international, aux côtés de titres comme Dix pour cent côté prestige ou Family Business côté comédie. Mais la concurrence du mois a été rude : Netflix a aligné Animals, La Diplomate et Cyberpunk: Edgerunners 2 dans le même octobre, et des titres comme War Machine, au-delà de 147 millions de vues, raflent des volumes qu'aucune série ne peut égaler.
Ce qui est reproché à cette saison
Les critiques ne sont pas unanimes, et deux reproches reviennent.
Le ton, d'abord. Certains passages basculent dans le mélodrame — le registre familial, les retrouvailles, la musique qui insiste. Absolute Geek le pointe explicitement. Lupin a toujours flirté avec le feuilleton ; là, le curseur bouge parfois trop.
L'inflation du spectacle, ensuite. The Guardian note une dérive vers le blockbuster : décors plus grands, effets plus nombreux, scènes plus coûteuses. Or le charme de la partie 1 reposait sur l'inverse. Un déguisement, une carte magnétique clonée, un vigile distrait : l'intelligence du casse, pas sa pyrotechnie. Plus une série a de budget, plus elle est tentée de remplacer la malice par l'explosion.
Une mise en garde méthodologique, au passage : un seul épisode a été fourni à la presse avant la sortie. Les critiques publiées le jour J jugent une introduction, pas une saison. Les avis sur les huit épisodes mettront quelques jours à se stabiliser — et c'est souvent là que l'écart se creuse entre une bonne première heure et une fin tenue.
La fin, et la saison 5
Âmes sensibles au spoiler, sautez ce paragraphe. Le final de la partie 4 ne ferme rien : Assane découvre que son fils a basculé dans la délinquance, et prend une balle en tentant de le sauver. Un cliffhanger de ce calibre ne s'écrit pas sans plan B — Omar Sy évoque d'ailleurs une cinquième saison comme une option sérieuse, et l'après-partie-3 a prouvé que Netflix savait attendre pour renouveler.
La vraie question est de tempo. Trois ans d'écart, ça fonctionne quand la série est devenue un rendez-vous installé. Ça devient dangereux dans un paysage où l'attention se consomme en semaines. La partie 5, si elle arrive, devra probablement sortir plus vite.
Ce qu'il faut en retenir
Lupin partie 4 fait le choix le plus risqué de son histoire : fragiliser son héros. Assane ne contrôle plus le récit, il le subit, et on le découvre en même temps que lui. Pour une série bâtie sur l'admiration d'un homme qui sait tout avant tout le monde, c'est un virage net — et c'est précisément ce qui la rend à nouveau regardable.
Huit épisodes, un samedi d'octobre, un héros qui perd pied. Vous savez ce qui vous attend ce week-end. Reste à savoir avec qui vous allez en parler après le dernier épisode — parce que cette fin-là ne se digère pas en silence.