OpenAI IPO : ce que révèle vraiment l'entrée en bourse à 1 000 milliards
OpenAI a déposé confidentiellement son dossier S-1 en mai 2026 : décryptage d'une opération financière hors normes, entre valorisation record et pertes abyssales.
Une entreprise qui perd de l'argent à un rythme vertigineux et qui vise pourtant une valorisation boursière proche de 1 000 milliards de dollars : voilà, résumé en une phrase, le paradoxe de l'OpenAI IPO qui occupe Wall Street depuis le printemps 2026. Le 22 mai 2026, OpenAI a déposé confidentiellement auprès de la SEC son formulaire S-1, la première étape officielle et obligatoire avant toute cotation en bourse aux États-Unis. La nouvelle a mis le feu aux poudres sur les marchés tech, et pas seulement chez les investisseurs institutionnels.
Le calendrier, encore flou
OpenAI vise officiellement un débarquement en bourse « dès le quatrième trimestre 2026 », selon les informations rapportées par CNBC. Mais Reuters évoquait dès juin 2026 la possibilité d'un report à 2027, sans que la direction de l'entreprise ne confirme ni n'infirme totalement ce scénario. Rien n'est acté : le dépôt confidentiel du S-1 n'engage à aucune date précise, il ouvre simplement la fenêtre réglementaire.
Sam Altman a confié le dossier à deux poids lourds de la banque d'affaires, Goldman Sachs et Morgan Stanley, qui préparent déjà des allocations d'actions destinées aux investisseurs particuliers — un choix qui tranche avec la prudence habituelle des IPO tech géantes, généralement réservées en priorité aux institutionnels.
Une valorisation qui a été multipliée par dix en deux ans
Le vertige vient surtout de la trajectoire de valorisation. Début 2024, OpenAI pesait environ 86 milliards de dollars. Fin 2024, on était déjà à 157 milliards. En octobre 2025, le cap des 500 milliards était franchi. Au 31 mars 2026, la valorisation atteignait 852 milliards de dollars selon les estimations reprises par plusieurs analystes financiers. Les projections pour l'IPO elle-même tournent désormais autour de 850 milliards à plus de 1 000 milliards de dollars — un chiffre qui placerait OpenAI dans la cour des plus grandes capitalisations mondiales dès son premier jour de cotation, aux côtés d'Apple, Microsoft ou Nvidia.
Cette ascension s'est faite avec le soutien d'investisseurs colossaux : Microsoft détient environ 27 % du capital, SoftBank a injecté près de 30 milliards de dollars, Amazon a engagé 50 milliards au total et Nvidia environ 30 milliards. Ce sont ces mêmes acteurs — fournisseurs de cloud, de puces, de capital — qui ont le plus intérêt à voir OpenAI réussir son entrée en bourse dans de bonnes conditions.
Des revenus qui explosent, des pertes qui suivent le même rythme
La CFO d'OpenAI, Sarah Friar, a confirmé début 2026 que le revenu annualisé de l'entreprise avait dépassé 20 milliards de dollars, contre 6 milliards en 2024. Plus récemment, l'entreprise a communiqué sur un rythme de 2 milliards de dollars de revenus mensuels. La part liée aux clients entreprises représente désormais plus de 40 % du chiffre d'affaires total, et devrait rattraper la part grand public d'ici la fin de l'année 2026 selon les prévisions internes citées par la presse économique.
Mais la contrepartie de cette croissance est brutale. Selon The Information, OpenAI aurait perdu environ 1,22 dollar pour chaque dollar de revenu généré au premier trimestre 2026. Les dépenses annuelles 2025 ont atteint 34 milliards de dollars, dont environ 19 milliards en recherche et développement et 6 milliards en ventes et marketing. Les projections internes évoquées dans la presse tablent sur des pertes de l'ordre de 14 milliards de dollars sur la seule année 2026, avec un retour à la profitabilité qui ne serait pas attendu avant 2030.
Ce grand écart entre croissance du chiffre d'affaires et creusement des pertes est précisément ce qui inquiète une partie des analystes. Le modèle économique repose sur un pari : que le coût de l'inférence (faire tourner les modèles pour répondre aux utilisateurs) baisse plus vite que la demande n'augmente, et que les revenus entreprise finissent par absorber des coûts d'infrastructure qui restent aujourd'hui gigantesques.
Un contexte concurrentiel qui a changé de visage
OpenAI n'a plus le monopole de l'attention qu'elle avait en 2023. Anthropic annonçait en mai 2026 viser 47 milliards de dollars de revenus et une profitabilité dès 2029 — un an avant l'objectif affiché par OpenAI. Plus frappant encore : Anthropic aurait dépassé OpenAI en nombre d'abonnements entreprise dès mai 2026, tandis que le trafic mensuel de ChatGPT serait repassé sous la barre de 50 % de part du marché des IA génératives pour la première fois. Du côté de Google, le développement de Gemini 3.5 Pro accuse un retard marqué par des tensions internes et des départs retentissants, dont celui du chercheur Noam Shazeer parti chez OpenAI et celui du prix Nobel John Jumper, recruté par Anthropic.
Cette bataille des talents et des parts de marché rend l'équation de l'IPO plus complexe : les investisseurs qui achèteront des actions OpenAI ne parient plus sur un acteur dominant sans partage, mais sur le leader d'un marché qui se resserre sérieusement.
Ce que ça change pour tout le monde
L'entrée en bourse d'OpenAI ne sera pas qu'une opération financière parisienne de plus. Elle va imposer une transparence comptable inédite à une entreprise qui, jusqu'ici, communiquait ses chiffres au compte-gouttes et selon son propre calendrier. Les investisseurs particuliers, via les allocations prévues par Goldman Sachs et Morgan Stanley, vont pouvoir pour la première fois s'exposer directement au pari OpenAI — avec tous les risques que ça comporte pour une entreprise structurellement déficitaire.
Plus largement, cette IPO va servir de test grandeur nature pour l'ensemble du secteur de l'IA générative. Si le marché valide une valorisation à quatre chiffres milliardaires malgré des pertes énormes, ça validera un modèle où la croissance prime sur la rentabilité pendant encore des années. Si le marché se montre plus sceptique, ça pourrait forcer une bonne partie de l'écosystème — des géants aux start-up qui construisent des agents IA autonomes sur ces mêmes infrastructures — à revoir ses ambitions de calendrier à la baisse.