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Prix Nobel médecine 2026 : le GLP-1 favori, trois places pour cinq noms

L'annonce tombe ce lundi à 11h30 à Stockholm. Si le comité couronne l'hormone derrière Ozempic, il devra écarter deux chercheurs sur cinq — et le choix sera politique.

La rédaction GolemTech News généré le 2026-10-05 8 min de lecture 9 sources
Prix Nobel médecine 2026 : le GLP-1 favori, trois places pour cinq noms
Illustration : GolemTech News (IA)

À 11h30 ce lundi 5 octobre, dans l'auditorium du Nobel Forum à Solna, au nord de Stockholm, un secrétaire d'assemblée lira trois noms au maximum. Le prix Nobel médecine 2026 ouvre la semaine Nobel, et pour une fois les pronostics convergent de façon presque gênante : bibliométriciens, parieurs et une bonne partie de la communauté endocrinologique attendent le GLP-1, l'hormone intestinale devenue Ozempic, Wegovy et Mounjaro.

Rien n'est joué. Le Karolinska adore prendre tout le monde à contre-pied, et il lui arrive de récompenser des travaux dont personne ne parlait depuis vingt ans. Mais si le comité choisit le GLP-1, il se retrouve coincé par son propre règlement — et c'est là que ça devient intéressant.

Comment ça se décide, et combien ça rapporte

Le nom sort d'un vote de l'Assemblée Nobel du Karolinska Institutet, cinquante professeurs de l'université médicale suédoise. Les délibérations sont scellées cinquante ans. Le reste de la semaine suit : physique mardi 6 octobre à 11h45, chimie mercredi 7 à 11h45, littérature jeudi 8 à 13h00, paix vendredi 9 à 11h00, économie lundi 12.

Quelques repères :

  • Le montant du prix passe à 12 millions de couronnes suédoises (environ 1,21 million de dollars), soit un million de plus qu'en 2025 — la Fondation Nobel a marqué le 125e anniversaire des premières récompenses.
  • Depuis 1901, 116 prix de physiologie ou médecine ont été décernés à 232 lauréats, dont 14 femmes seulement.
  • Neuf années sans prix : les deux guerres mondiales, essentiellement.
  • Le plafond de trois lauréats par prix n'est pas dans le testament d'Alfred Nobel. Il a été ajouté au règlement en 1968. Il va peser lourd cette année.

Pourquoi le GLP-1 concentre les paris

Le 17 septembre, Clarivate a publié ses Citation Laureates 2026 — 22 chercheurs sélectionnés sur la base de leur empreinte de citations. Le cabinet revendique 89 de ses lauréats passés devenus ensuite prix Nobel. En médecine, il a désigné un trio pour « l'identification et la caractérisation du GLP-1 et l'étude de son activité biologique » : Daniel J. Drucker (Lunenfeld-Tanenbaum, Toronto), Jens Juul Holst (Copenhague) et Svetlana Mojsov (Rockefeller University, New York).

La logique est difficile à contester. Peu de découvertes fondamentales des années 1980 ont produit, quarante ans plus tard, le médicament le plus vendu de la planète et une redéfinition de la prise en charge de l'obésité.

Du gène de la baudroie au stylo injectable

L'histoire commence par un poisson. En 1982, Joel Habener, au Massachusetts General Hospital, clone le gène du glucagon chez la baudroie et tombe sur un précurseur qui contient un second peptide, « glucagon-like ». Graeme Bell le baptise GLP-1 en 1983. La même année, Svetlana Mojsov — formée à la synthèse peptidique chez Bruce Merrifield, Nobel de chimie 1984 — commence à fabriquer ces peptides à la main.

La suite, condensée :

  • 1986 : Mojsov montre que la forme tronquée GLP-1 (7-37), un peptide de 31 acides aminés, existe naturellement dans l'intestin. Holst, à Copenhague, publie la même chose presque simultanément.
  • 1987 : avec Habener et Gordon Weir, elle démontre que des concentrations minuscules de GLP-1 (7-37) pur — comparables aux taux sanguins — déclenchent la sécrétion d'insuline sur pancréas de rat isolé. Drucker obtient la même induction sur cellules pancréatiques.
  • Fin des années 1980 : Carolyn Deacon et Holst identifient la DPP-4, l'enzyme qui détruit le GLP-1. Demi-vie dans le sang : une à deux minutes. Voilà pourquoi l'hormone est restée quinze ans inutilisable en thérapeutique.
  • 1996 : les travaux de Stephen Bloom sur le rat révèlent qu'injecter du GLP-1 dans le cerveau effondre la prise alimentaire. La piste satiété était ouverte.
  • 2000-2007 : Lotte Bjerre Knudsen, chez Novo Nordisk, greffe une chaîne d'acide gras sur la molécule. Le liraglutide passe d'une demi-vie de 1,2 heure à 13 heures.
  • 2005 : premier agoniste approuvé, l'exénatide, dérivé du venin d'un lézard du désert. 2010 : Victoza. 2017 : Ozempic, dont une mutation bloque le clivage par la DPP-4 — demi-vie 165 heures, soit une injection par semaine. 2021 : Wegovy dans l'obésité.

Le mécanisme tient en trois gestes : les cellules L de l'intestin libèrent le GLP-1 après un repas, il potentialise la sécrétion d'insuline uniquement quand le glucose monte, il ralentit la vidange gastrique et il parle directement aux circuits cérébraux de la satiété. C'est ce dernier point, longtemps considéré comme un effet secondaire, qui a fait la fortune de Novo Nordisk et d'Eli Lilly.

Les chiffres qui donnent le vertige

  • Essai STEP 1 : −14,9 % de poids sous sémaglutide 2,4 mg, contre −2,4 % sous placebo.
  • Comparaison directe SURMOUNT-5, publiée au New England Journal of Medicine : −20,2 % sous tirzépatide contre −13,7 % sous sémaglutide.
  • Essai SELECT, chez des patients en surpoids avec maladie cardiovasculaire mais sans diabète : −20 % d'événements cardiovasculaires majeurs, et −22 % sur un critère rénal composite.
  • Essai FLOW, diabète de type 2 avec insuffisance rénale chronique : critère principal 24 % plus bas, mortalité toutes causes −20 %.
  • Aux États-Unis, la part d'adultes sous GLP-1 pour maigrir est passée de 5,8 % en février 2024 à 12,4 % en juin 2026, soit plus de dix millions de personnes.
  • Prix catalogue américain : 1 027,51 dollars par délivrance d'Ozempic, 1 349,02 dollars la boîte de Wegovy. Novo Nordisk a lancé une offre sans assurance à 199 dollars par mois valable jusqu'au 31 décembre 2026 — ce qui dit assez bien l'état de la guerre commerciale avec le tirzépatide.

Les pénuries, elles, appartiennent au passé : la FDA a retiré le sémaglutide de sa liste de ruptures le 21 février 2025, puis serré la vis sur les préparations magistrales, allant jusqu'à proposer, le 30 avril 2026, d'exclure sémaglutide, tirzépatide et liraglutide de la liste 503B.

L'addition clinique n'est pas gratuite : nausées, vomissements, diarrhée, constipation, surtout pendant les paliers d'augmentation de dose. Les cas de gastroparésie rapportés concernent surtout des escalades rapides. Sur la pancréatite aiguë, les essais de gestion du poids ne montrent pas de surrisque net (0,2 % sous tirzépatide, 0,2 % sous placebo), même si l'avertissement réglementaire reste.

Le vrai problème du comité : Svetlana Mojsov

Le Breakthrough Prize 2025 a honoré cinq personnes pour le GLP-1 : Drucker, Habener, Holst, Knudsen, Mojsov. Le Nobel n'en peut couronner que trois. Quelqu'un va rester dehors.

Et le dossier Mojsov est explosif. Chimiste des peptides, elle a fourni au domaine ses outils fondateurs — les peptides de synthèse, les anticorps du radio-immuno-essai — et signé en premier auteur les publications qui ont lancé le champ. Le Massachusetts General Hospital a déposé les brevets GLP-1 sans l'en informer, en ne listant que Habener comme inventeur. Elle s'est battue une décennie contre son ancien employeur, a obtenu l'amendement de quatre brevets et un tiers des redevances… pendant un an.

Pendant ce temps, les grands prix du GLP-1 nommaient trois hommes : Harrington 2017, Warren Alpert 2020, Gairdner 2021. Elle raconte avoir vu des revues prestigieuses publier des articles qui minimisaient ou omettaient ses contributions, avec l'effet boule de neige qu'on devine — un travail omis une fois est omis mille fois ensuite.

Il a fallu deux enquêtes, l'une de STAT et l'autre de Science, en 2023, pour que la mécanique se grippe. Ont suivi le Tang Prize 2024, le Lasker~DeBakey 2024 partagé avec Habener et Knudsen, une place dans le Time 100, le Breakthrough Prize 2025 puis le Citation Laureate 2026. Clarivate, en retenant Drucker, Holst et Mojsov, a fait un choix net : elle dedans, Habener et Knudsen dehors.

Si le Karolinska suit, il valide une réécriture spectaculaire du crédit scientifique. S'il revient au trio historique, il rouvre une plaie que la communauté vient de refermer.

Les autres dossiers sur la table

Le comité a de la matière ailleurs :

  • Carl June et la thérapie CAR-T, favori récurrent depuis des années.
  • Emmanuel Mignot et Masashi Yanagisawa, sur l'orexine et la régulation veille-sommeil. Ils viennent de décrocher le Lasker Basic Medical Research 2026, ce qui n'est jamais un mauvais signe.
  • Max Cooper et Jacques Miller, pour les lymphocytes B et T — une dette que le Nobel n'a jamais payée.
  • David Liu, pour le base editing et le prime editing.
  • James Fujimoto, David Huang et Eric Swanson, pour la tomographie par cohérence optique, l'examen qui a changé l'ophtalmologie.

Et après 11h30 ?

Un Nobel au GLP-1 aurait un effet collatéral intéressant : il adosserait définitivement les traitements de l'obésité à de la science fondamentale, au moment où le discours public hésite encore entre médicament de prestige et produit de régime. Ce serait aussi un signal envoyé aux comités de prix sur la manière dont ils attribuent les paternités.

Pour ceux qui prennent ces molécules, en revanche, l'annonce de Stockholm ne changera rien. Le prix, les ruptures d'approvisionnement, la reprise de poids à l'arrêt, le suivi nutritionnel bancal : tout ça reste entier. On saura dans quelques heures si un comité de cinquante professeurs suédois a eu le courage de trancher.

Sources

  1. Clarivate — Citation Laureates 2026
  2. NobelPrize.org — Prize announcement dates
  3. Lasker Foundation — GLP-1-based therapy for obesity
  4. PMC — The discovery and development of GLP-1 based drugs
  5. Rockefeller University — Her scientific breakthrough took 5 years, getting credit took decades
  6. STAT — Long-overlooked scientist shares Lasker Award
  7. New England Journal of Medicine — SURMOUNT-5
  8. Nature Medicine — essai SELECT
  9. The Scientist — Who Will Win the 2026 Nobel Prize?

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