SpaceX bourse : la semaine où le titre SPCX joue gros
Résultats trimestriels avancés, 1,3 milliard d'actions qui se libèrent et une promesse de Musk à 70 millions d'enfants : pourquoi la requête explose en France.
Depuis le 19 octobre, SpaceX bourse est le terme qui grimpe le plus vite sur Google en France : plus de 20 000 recherches, une progression affichée autour de 1 000 % en vingt-quatre heures. Les requêtes associées ne laissent aucune ambiguïté sur ce que cherchent les gens — « spacex action », « spacex cours », « spacex boursorama ». Personne ne veut le calendrier des lancements. Tout le monde veut un cours de bourse.
Trois choses se télescopent sur la même semaine. Des résultats trimestriels tombés plus tôt que prévu, un mur d'actions qui se libère, et une phrase d'Elon Musk lâchée dimanche soir.
Ce qui tombe cette semaine
- Les résultats du troisième trimestre, le 20 octobre. La date a pris Wall Street de court : les analystes attendaient une publication plus tardive. Le consensus table sur environ 12,89 milliards de dollars de chiffre d'affaires, soit une hausse de l'ordre de 65 % sur un an, et un bénéfice par action de 0,14 dollar.
- Un déblocage d'actions hors norme. 1,3 milliard de titres deviennent cessibles deux séances de bourse après la publication des comptes. Et 328,4 millions d'autres se libèrent le 24 octobre.
- La promesse de Musk. Le 19 octobre, le patron de SpaceX annonce qu'il donnera l'an prochain une de ses actions à chaque enfant américain, « la première d'une longue série ». Environ 70 millions d'enfants seraient concernés, pour une valeur dépassant les 10 milliards de dollars au cours actuel. Modalités, âge limite, véhicule juridique : rien n'est précisé.
Le titre a terminé la séance du 19 octobre autour de 147,96 dollars, en hausse de 1,3 %, après avoir ouvert à 146,69 dollars en pré-marché. Loin des 162,57 dollars de clôture du 9 octobre.
Retour sur la plus grosse IPO de l'histoire
SpaceX est entrée au Nasdaq le 12 juin 2026 sous le ticker SPCX, à 135 dollars l'action. L'opération a porté sur 638,9 millions d'actions de classe A, surallocation comprise, pour environ 85,7 milliards de dollars de produit net. Aucune introduction en bourse n'avait jamais levé autant.
Le prix d'introduction valorisait l'entreprise à près de 1 770 milliards de dollars. Dès la première séance, le titre ouvrait à 150 dollars et clôturait à 160,95, propulsant la capitalisation autour de 2 100 milliards — sixième capitalisation cotée aux États-Unis, d'un coup.
Quelques points de structure qui expliquent beaucoup de choses :
- Musk conserve 42 % du capital mais 82 % des droits de vote, grâce à plus de 5,5 milliards d'actions de classe B pesant dix voix chacune.
- Seuls 5 % du capital ont été mis en circulation. Un flottant minuscule pour une société de cette taille.
- Un aménagement des règles d'indexation a permis une entrée anticipée au Nasdaq-100, obligeant les fonds indiciels à acheter. Des critiques ont parlé de rareté fabriquée, profitable aux initiés plus qu'aux particuliers.
La suite a été violente dans les deux sens. Fin juillet, le titre avait perdu environ la moitié de son sommet et Musk n'était plus milliardaire à mille milliards. Puis le titre a repris près de 50 % depuis la clôture du 5 août.
Le vrai sujet : le robinet d'actions
C'est le point que les investisseurs regardent vraiment, et il est beaucoup moins photogénique qu'une promesse de cadeau aux enfants.
Depuis août, près de 2,3 milliards d'actions sont devenues négociables en six vagues successives. À comparer aux 639 millions vendues lors de l'introduction. Autrement dit : l'offre potentielle de papier a été multipliée par plus de trois en deux mois et demi.
Et le cours a monté quand même. C'est contre-intuitif, et c'est l'argument des optimistes : une action éligible à la vente n'est pas une action vendue. Beaucoup de salariés et d'investisseurs historiques gardent leurs titres.
Le déblocage qui arrive change toutefois d'échelle. 1,3 milliard de titres en une seule fournée, deux jours après des résultats, dans un marché déjà nerveux sur tout ce qui touche à l'IA et au spatial. Si une fraction seulement se présente à la vente, le carnet d'ordres va le sentir.
Ce que disent les sceptiques
La valorisation n'a jamais fait consensus. En 2025, SpaceX a réalisé 18,67 milliards de dollars de chiffre d'affaires pour une perte nette de 4,94 milliards. À 1 770 milliards, l'introduction valorisait donc l'entreprise à environ 95 fois ses revenus de l'exercice précédent. Un multiple que l'on voit habituellement sur des start-up de cinquante personnes, pas sur un industriel qui fabrique des moteurs-fusées.
Aswath Damodaran, surnommé le « doyen de la valorisation », a pointé du doigt la part attribuée à xAI dans les projections de marché adressable. Morningstar, de son côté, estime la valeur intrinsèque de SpaceX autour de 780 milliards de dollars et qualifie le titre de nettement surévalué.
Face à eux, le consensus des analystes de marché reste à « achat modéré », avec un objectif de cours moyen de 217,50 dollars — soit près de 49 % au-dessus des niveaux actuels. Deux mondes qui regardent la même entreprise et voient un écart de valorisation du simple au triple.
Ce qu'un épargnant français devrait regarder avant de cliquer
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Quelques repères sobres :
- SPCX est coté au Nasdaq, en dollars. Pour un résident français, cela veut dire risque de change en plus du risque action, et une fiscalité différente de celle d'un titre logé en PEA — SpaceX n'y est pas éligible.
- Le flottant réduit et le calendrier de déblocages rendent la volatilité structurellement élevée. Des écarts de 5 à 10 % sur une séance ne sont pas une anomalie ici.
- Un effet de levier sur un titre qui a déjà fait un aller-retour de moitié en six semaines est une façon rapide de perdre sa mise.
- Les résultats du 20 octobre et le déblocage du 24 forment une fenêtre particulièrement instable. Acheter juste avant, sur un mouvement de foule Google, revient à parier à pile ou face avec des frais.
Ce qu'il faut surveiller après le 20 octobre
Trois indicateurs valent mieux qu'un cours en temps réel : le chiffre d'affaires réel comparé aux 12,89 milliards attendus, le niveau de perte opérationnelle (SpaceX brûle encore du cash pour Starship et pour sa constellation), et le comportement du titre dans les cinq séances suivant le déblocage de 1,3 milliard d'actions.
Si le cours absorbe cette vague comme il a absorbé les précédentes, l'argument des sceptiques sur la rareté fabriquée s'affaiblit nettement. S'il décroche, les 5 % de flottant initial auront expliqué une bonne partie du parcours boursier de l'année.
Quant à l'action offerte à chaque enfant américain : au cours du 19 octobre, cela représente environ 148 dollars par enfant. Un joli geste, une opération de communication redoutable, et accessoirement une façon de créer 70 millions de nouveaux actionnaires attachés au titre.