ZEvent 2026 : la dernière, et déjà la plus grosse
339 streamers, 22 associations, 11 millions d'euros atteints dès samedi soir : le marathon caritatif de ZeratoR tire sa révérence à Montpellier en battant tous ses records.
Dix ans, et puis s'en va. Le ZEvent 2026 se termine ce dimanche à Montpellier, et il se termine pour de bon : ZeratoR a annoncé en mai que cette dixième édition serait la dernière sous cette forme. Le genre de décision qu'on prend rarement quand tout marche. Parce que tout marchait — dès samedi soir, le compteur affichait 11 millions d'euros, soit le total que l'édition 2025 n'avait atteint que le dimanche à 20 heures.
Pour un événement qui a démarré dans un salon avec quelques câbles et des matelas par terre, la trajectoire est difficile à croire.
Ce qui s'est passé depuis jeudi
Le coup d'envoi a été donné le 3 septembre à 20 heures, à la Sud de France Arena, avec un concert d'ouverture qui n'a rien à envier à un festival d'été : GIMS, Bigflo & Oli, Gazo, et le Curious Orchestra accompagné de Marianne et PV Nova. Les Toulousains de Bigflo & Oli ont profité de la soirée pour annoncer un don personnel de 100 000 euros.
Le marathon proprement dit a démarré le lendemain, vendredi 4 septembre, pour se terminer ce dimanche 6. Plus de cinquante heures de direct quasi ininterrompu, réparties entre :
- 80 streamers présents physiquement au Corum de Montpellier
- environ 300 participants à distance, connectés depuis leur propre setup
- soit 339 créateurs au total, un chiffre jamais atteint
La liste mélange les fidèles de la première heure — Antoine Daniel, MisterMV, Ponce, Domingo, Joueur du Grenier — et des arrivées qui élargissent nettement l'audience : Amixem, Joyca, Mcfly & Carlito, Anyme. Samuel Étienne, Kameto, Étoiles, Baghera Jones complètent un plateau qui couvre à peu près tout le spectre du divertissement en ligne francophone.
Le changement de format que peu de gens ont remarqué
Depuis plusieurs années, le ZEvent choisissait une cause ou un petit groupe d'associations : le climat en 2021, l'accès à l'eau, la lutte contre la pauvreté. Ce modèle avait sa cohérence, il avait aussi ses polémiques — le choix d'une cause plutôt qu'une autre déclenchant à chaque fois son lot de débats sur les réseaux.
Pour l'ultime édition, les organisateurs ont tranché autrement : les 22 associations soutenues depuis 2016 se partagent la collecte. Parmi elles, la Ligue contre le cancer, Action contre la faim, Amnesty International, la LPO, Médecins Sans Frontières, la Croix-Rouge française, le WWF France. Une manière de boucler la boucle, et accessoirement de désamorcer par avance toute querelle sur le bénéficiaire.
La Fondation de France gère la collecte depuis quatre ans. Ce n'est pas un détail administratif : c'est elle qui sécurise le circuit des fonds, contrôle l'usage et accompagne les associations dans la mise en œuvre. Sur des montants pareils, l'amateurisme n'est plus une option.
Les chiffres qui donnent le vertige
- plus de 58 millions d'euros collectés sur les neuf éditions précédentes
- plus de 16 millions pour la seule édition 2025, le record jusqu'ici
- 11 millions déjà atteints samedi soir 2026, avec plus de vingt-quatre heures de live restantes
- 22 associations bénéficiaires
- 339 streamers mobilisés
Mettez ça en perspective. Une association française de taille moyenne fonctionne avec un budget annuel de quelques centaines de milliers d'euros. Un week-end de gens qui jouent à des jeux vidéo devant une webcam finance l'équivalent de plusieurs dizaines d'années d'activité pour certaines d'entre elles.
Les donation goals, moteur réel de la machine
Le carburant du ZEvent, ce n'est pas la générosité abstraite. C'est le donation goal : un streamer promet de faire quelque chose de ridicule, dangereux ou épuisant si le compteur franchit un palier. Le public paie pour voir.
Cette année, la surenchère a atteint des sommets. Anyme a mis sur la table un stream depuis l'espace à 200 000 euros. Nico a proposé de relier Dakar à Paris à 200 000 euros également. D'autres ont joué sur le registre du sacrifice corporel, du défi sportif absurde ou du karaoké humiliant.
C'est là que le format touche quelque chose de plus profond que la charité classique. Un spot télé de dix secondes vous demande d'être ému. Un donation goal vous propose un contrat : tu donnes, il souffre, tout le monde regarde. La transaction est claire, immédiate, et le résultat s'affiche en direct. Aucune campagne de collecte traditionnelle n'obtient ce taux de conversion.
Pourquoi arrêter maintenant
ZeratoR l'a formulé sans détour dans les interviews données cette semaine : « On a commencé en 2016 dans un salon, à brancher nous-mêmes les câbles, à dormir par terre. Aujourd'hui on est 80 dans une salle, 300 en ligne — c'est monstrueux ! »
Monstrueux, c'est aussi le problème. Un événement de cette taille exige une logistique professionnelle, une régie technique lourde, des équipes salariées, une gestion juridique et fiscale sérieuse. Le tout porté par des créateurs dont ce n'est pas le métier, et qui reprennent leur activité normale le lundi.
L'argument avancé est celui du sommet plutôt que du déclin. Arrêter tant que la mécanique fonctionne, avant l'édition de trop, celle où les records ne tombent plus et où l'on commente la baisse d'audience. Ceux qui suivent la scène de la création francophone savent à quel point cette lucidité est rare.
Des initiatives caritatives futures restent possibles, sous d'autres formes. Mais le ZEvent tel qu'on le connaît, avec sa salle bondée, ses cernes du dimanche matin et son compteur qui s'affole, s'arrête là.
Ce qui reste après le générique
Un modèle, surtout. Le ZEvent a prouvé qu'une communauté en ligne pouvait produire de la solidarité à une échelle industrielle, sans intermédiaire institutionnel, sans campagne publicitaire, sans autre levier que l'attachement des spectateurs à des gens qu'ils regardent tous les soirs.
D'autres marathons caritatifs s'en inspirent déjà, en France comme ailleurs. Le format essaimera. Reste à savoir si quelqu'un réussira à reproduire l'ingrédient qui ne se copie pas : dix ans de confiance accumulée entre des créateurs et leur public.
Si vous voulez voir la fin, c'est ce dimanche, sur Twitch. Le compteur tourne encore.
Sources
- L'Info Durable — Pour son ultime édition, le ZEvent pulvérise déjà son record de dons
- Franceinfo — Ce qu'il faut savoir de l'ultime édition du ZEvent
- Dexerto — ZEvent 2026 : dates, streamers, associations, donation goals
- ZEVENT 2026 — Liste officielle des streamers
- JVTECH — Les donation goals les plus fous du ZEvent 2026