Classement PISA 2026 : la France tombe à son plus bas niveau
27e sur 91 pays, 16 points perdus en maths et 18 en lecture depuis 2022 : l'OCDE vient de publier des résultats que personne au ministère n'avait envie de lire.
Le classement PISA 2026 est tombé le 8 septembre, et il a suffi de quelques heures pour qu'il grimpe en tête des recherches en France. Neuvième édition de l'enquête de l'OCDE, 760 000 élèves de 15 ans testés dans 91 pays et territoires, et un verdict que le ministère de l'Éducation nationale aura du mal à emballer : le niveau moyen des élèves français n'a jamais été aussi bas depuis le lancement du dispositif il y a plus de vingt ans.
On parle bien d'un plancher historique. Pas d'un accident de mesure, pas d'un effet d'échantillon. D'une pente qui descend depuis dix ans et qui vient de s'accentuer.
Les scores, matière par matière
PISA note sur une échelle centrée autour de 500 points. Voici où se situe la France en 2026 :
- Sciences : 483 points — moyenne OCDE à 482. La France est 24e. C'est sa matière la moins mauvaise.
- Mathématiques : 458 points — moyenne OCDE à 463. La France dégringole au 31e rang. C'est le point noir.
- Compréhension de l'écrit : 456 points — moyenne OCDE à 461. 25e place.
Au classement général, la France pointe à la 27e place sur 91. Techniquement, elle reste « dans la moyenne de l'OCDE ». Sauf que la moyenne, elle aussi, recule — et que la France recule plus vite qu'elle sur deux matières sur trois.
L'ampleur réelle de la chute
Comparé à l'édition 2022, le décrochage se lit ainsi :
- -18 points en compréhension de l'écrit
- -16 points en mathématiques
- -4 points en sciences
Ces chiffres paraissent modestes si on ne connaît pas l'échelle. L'OCDE considère que 20 points équivalent à peu près à une année de scolarité. Autrement dit : en lecture, un élève français de 15 ans en 2026 se situe grosso modo là où se situait un élève de 14 ans en 2022. Presque une année entière évaporée, en une seule édition.
En maths, le compte est du même ordre. Et si on remonte plus loin, le cumul devient franchement inconfortable : la baisse constatée en 2022 était déjà présentée à l'époque comme la plus brutale jamais enregistrée par la France. 2026 remet une couche.
Qui domine, et pourquoi ça n'est pas une surprise
Le haut du tableau n'a pas bougé d'un pouce dans sa logique géographique :
- Chine (les quatre provinces évaluées : Pékin, Shanghai, Jiangsu, Zhejiang)
- Singapour
- Macao
- Taïwan
- Japon
Le premier européen ? L'Estonie. Un pays de 1,3 million d'habitants qui met une fessée pédagogique à la quasi-totalité du continent depuis une décennie, avec un modèle très peu sélectif, un tronc commun long, des enseignants recrutés à bac+5 et une numérisation précoce mais encadrée.
Un avertissement d'usage sur la Chine : PISA n'y teste pas le pays entier, seulement quatre provinces parmi les plus riches et les plus urbanisées. Comparer Shanghai à la France entière, c'est comparer l'Île-de-France scolaire à une moyenne nationale. La performance reste impressionnante, mais elle n'est pas transposable telle quelle.
Le vrai scandale français : l'écart social
C'est la donnée qui devrait faire plus de bruit que le rang. En sciences, l'écart de performance entre les élèves les plus favorisés et les plus défavorisés atteint 100 points en France, contre 85 points en moyenne dans l'OCDE.
Cent points. Soit environ cinq années de scolarité d'écart entre deux gamins du même âge, dans le même pays, au même moment. La France reste, édition après édition, l'un des systèmes où l'origine sociale prédit le mieux le résultat scolaire. On peut débattre du rang général. Sur ce point-là, il n'y a pas grand-chose à débattre.
Deux autres indicateurs de contexte, moins commentés et pourtant parlants :
- Environ 45 % des élèves français évalués fréquentaient un établissement confronté à une pénurie d'enseignants.
- Environ 20 % étaient dans un établissement manquant de matériel pédagogique, contre 15 % en 2022.
Difficile de traiter ces deux chiffres comme du bruit de fond quand on cherche à expliquer une baisse.
Ce que PISA mesure — et ce qu'il ne mesure pas
PISA n'évalue pas le programme scolaire. C'est un test de compétences en situation : comprendre un texte inconnu et en extraire une information, modéliser un problème concret en maths, raisonner sur un protocole scientifique. Un élève très bon en récitation et faible en transfert s'y fait piéger.
Ça a une conséquence directe sur l'interprétation : une mauvaise note PISA ne signifie pas forcément que les élèves savent moins de choses. Elle signifie qu'ils peinent davantage à mobiliser ce qu'ils savent face à un énoncé qu'ils n'ont jamais vu. La chute en compréhension de l'écrit va dans ce sens — et elle est mondiale, pas seulement française. Le niveau moyen des 91 pays et territoires testés baisse sur les trois matières.
Les limites méthodologiques, elles, méritent d'être posées honnêtement :
- Le test se passe sur ordinateur, sans enjeu de note pour l'élève. La motivation varie d'un pays à l'autre, et personne ne sait vraiment la quantifier.
- Les échantillons nationaux diffèrent dans leur couverture (scolarisation à 15 ans, filières professionnelles incluses ou non).
- Un classement à 91 entrées écrase des écarts parfois non significatifs statistiquement. Entre la 24e et la 28e place, la différence peut tenir à une poignée de points.
Ce qui ne change rien au signal de fond : sur dix ans, la trajectoire française est descendante, et elle l'est de façon régulière.
Et maintenant ?
Le réflexe classique après une édition PISA, c'est l'annonce d'un plan. Il y en a eu après 2013, après 2019, après 2022. Le dédoublement des classes de CP et CE1 en éducation prioritaire, les évaluations nationales généralisées, les « groupes de besoins » au collège : autant de dispositifs dont les effets, s'ils existent, mettront des années à remonter jusqu'à des élèves de 15 ans. Les cohortes testées en 2026 ont fait leur CP autour de 2017 et ont traversé les fermetures d'écoles de 2020.
Trois chantiers ressortent des données elles-mêmes, sans qu'il faille beaucoup extrapoler : la lecture (le poste qui perd le plus), l'attractivité du métier d'enseignant (45 % d'élèves dans des établissements en pénurie, ça ne se corrige pas par circulaire), et l'écart social de 100 points, qui reste le marqueur le plus constant du système français depuis que PISA existe.
Prochaine édition dans trois ans. Les élèves qui y seront testés sont aujourd'hui en classe de sixième.
Pour les parents qui lisent ça en se demandant quoi faire : la donnée la plus robuste de toute la littérature PISA reste d'une banalité désarmante — les enfants qui lisent des textes longs pour le plaisir, même bandes dessinées comprises, obtiennent systématiquement de meilleurs scores en compréhension de l'écrit. Ça ne coûte rien et ça ne dépend d'aucun plan ministériel.