Godzilla Minus Zero : 91 % chez les critiques, et Ghidorah en prime
Trois ans après l'Oscar de Minus One, Takashi Yamazaki remet le couvert avec un monstre à trois têtes, un record au Japon et la première interdiction aux mineurs de la saga aux États-Unis.
Il y avait un piège évident. Godzilla Minus One avait tout réussi en 2023 : un film de kaiju tourné pour une fraction du budget d'un blockbuster américain, un Oscar des meilleurs effets visuels — le premier de l'histoire de la franchise — et un succès surprise aux États-Unis. Enchaîner là-dessus, c'était s'exposer à la comparaison la plus cruelle du cinéma de genre. Godzilla Minus Zero est sorti au Japon le 3 novembre, en France le 4, et les premiers verdicts sont tombés.
Spoiler : ça tient. Pas à la même altitude, mais ça tient.
Ce que l'on sait du film
Takashi Yamazaki a tout repris en main : scénario, réalisation, et supervision des effets visuels, comme sur le précédent. Son studio Shirogumi signe de nouveau les VFX. Kōzō Shibasaki est à l'image, Naoki Satō à la musique.
L'histoire se déplace de trois ans. On est en 1949, le Japon est encore en pleine reconstruction d'après-guerre, et c'est cette fois King Ghidorah qui débarque — le dragon à trois têtes, créature extraterrestre, adversaire historique de la saga depuis 1964. Godzilla se régénère pour l'affronter à travers les villes japonaises.
Le casting mêle retours et nouveaux venus :
- Ryunosuke Kamiki et Minami Hamabe reprennent leurs rôles principaux de Minus One.
- Masami Nagasawa, Jun Kunimura et Min Tanaka rejoignent la distribution dans des personnages inédits.
Le parcours de sortie est inhabituel pour un film de monstre : avant-première mondiale au Festival du film de New York le 26 septembre, sortie japonaise le 3 novembre, France le 4 novembre, Amérique du Nord le 6 novembre via GKIDS, en IMAX.
En France
Distribué par Anime Limited, Apollo Films Distribution et CGR Events, le film est arrivé le 4 novembre en IMAX et 4DX. Le Grand Rex a accueilli une avant-première, avec une « Godzilla Night » les 3 et 4 novembre : projection de Minus One suivie de la suite en version originale sous-titrée, et goodies exclusifs. Le genre d'opération qui marche sur un public de niche très mobilisé.
Les chiffres
Le démarrage japonais est le fait marquant.
- 910 millions de yens encaissés le premier jour, soit environ 5,8 millions de dollars.
- Plus de 590 000 spectateurs en une seule journée.
- Un record pour un film japonais en prises de vues réelles sur un premier jour d'exploitation.
Côté critique :
- 91 % d'avis positifs sur Rotten Tomatoes, après une première vague de 52 critiques — le score flirtait avec 92 % avant stabilisation.
- 75/100 sur Metacritic, catégorie « avis généralement favorables ».
Côté prévisions nord-américaines, les projections relayées par Deadline tablaient sur environ 30 millions de dollars pour le week-end d'ouverture sur 3 254 salles, et autour de 60 millions à l'échelle mondiale. À comparer au démarrage de Minus One en décembre 2023 : 11,4 millions de dollars sur le territoire américain. Un quasi-triplement.
Le démarrage parisien, lui, a été plus modeste : quelques centaines de spectateurs le premier jour sur la capitale, derrière le nouveau Martin McDonagh. Pas inquiétant pour un film qui vit sur la durée et le bouche-à-oreille, mais loin d'une déferlante.
Le détail qui change tout : le classement R
Aux États-Unis, Godzilla Minus Zero est le premier film de la franchise classé R, pour « contenu violent et images sanglantes ». Soixante-dix ans de saga, et c'est la première fois.
Ce n'est pas un gadget marketing. Ça dit quelque chose du virage pris par Yamazaki : Godzilla n'est plus un spectacle familial de démolition urbaine, c'est un film de guerre où les gens meurent à l'écran. Minus One avait déjà poussé loin dans cette direction, avec son Japon traumatisé, ses personnages rongés par la culpabilité des survivants et sa séquence du train suspendu. La suite assume le registre jusqu'à l'interdiction aux mineurs non accompagnés.
Et ça fragilise l'argument commercial américain classique : un blockbuster classé R perd une part du public adolescent. Que Toho et GKIDS l'aient accepté quand même en dit long sur la confiance placée dans l'adhésion du public adulte.
Ce que les critiques reprochent
Les réserves convergent, et elles sont lisibles.
Le mot qui revient le plus souvent est « cohérence ». Plusieurs critiques, dont celle de RogerEbert.com, estiment que Minus Zero ne retrouve pas l'unité de vision de son prédécesseur : plus de monstres, plus de destruction, plus de scènes — mais un récit humain moins resserré. Minus One tenait sur une culpabilité individuelle, celle d'un pilote kamikaze qui n'est pas allé au bout. Difficile de rejouer ce coup-là.
L'autre reproche porte sur la mécanique de la suite elle-même. Ajouter Ghidorah, c'est basculer dans le film de duel de monstres, un sous-genre où la franchise américaine s'est déjà installée avec ses MonsterVerse. Le pari de Minus One était inverse : un seul monstre, vu d'en bas, à hauteur d'humain.
À l'inverse, à peu près tout le monde s'accorde sur la supériorité technique des effets visuels. Shirogumi fait mieux avec moins, encore une fois, et ça reste la grande leçon industrielle de cette série : les VFX ne sont pas une affaire de budget mais de direction artistique.
Et maintenant ?
Trois choses à suivre dans les semaines qui viennent.
- La tenue au box-office, pas le démarrage. Minus One avait construit son succès sur neuf semaines d'exploitation américaine et un bouche-à-oreille très au-dessus de la moyenne du genre. Un gros week-end d'ouverture suivi d'une chute de 60 % raconterait une autre histoire.
- La saison des prix. Après l'Oscar des effets visuels de 2024, une seconde nomination placerait Yamazaki dans une catégorie rare : celle des réalisateurs de films de monstres pris au sérieux par l'Académie.
- La réaction de Legendary, qui exploite le Godzilla américain en parallèle. Deux Godzilla coexistent sur le marché mondial, avec deux philosophies opposées, et le moins cher gagne pour l'instant la bataille de l'estime.
Pour le spectateur français, la question est plus simple : IMAX ou version originale sous-titrée. Les deux existent. La seconde reste le bon choix — la bande-son de Naoki Satō et le jeu de Kamiki supportent mal le doublage.