Mpox clade Ib : les cas ont triplé en un trimestre en France
267 cas au premier semestre, une souche africaine devenue majoritaire, et une couverture vaccinale qui n'a jamais suivi.
Personne n'en parle, et pourtant les courbes de Santé publique France sont sans ambiguïté : le mpox clade Ib est devenu, en quelques mois, la souche dominante du virus en France. Entre le 1er janvier et le 30 juin 2026, 267 cas ont été signalés sur le territoire, dont dix sans confirmation biologique. Au premier trimestre, on en comptait 67. Au deuxième, le triple. L'accélération a eu lieu en avril et en mai, pendant que l'actualité regardait ailleurs.
Ce n'est pas une flambée à la covid. C'est une bascule épidémiologique, et elle mérite qu'on s'y arrête.
Ce qui a changé par rapport à 2025
Le mpox, ex-variole du singe, circulait déjà en France depuis l'épidémie de 2022. Mais il s'agissait alors quasi exclusivement du clade II, la souche ouest-africaine, moins sévère.
Le basculement se lit dans les génotypages. Sur les cas séquencés en 2026, le clade Ib représente 89 cas sur 137, soit 65 %. En 2025, il n'y en avait que 4, soit 2 % — cette année-là, le clade II écrasait tout avec 162 cas. En douze mois, le rapport de force s'est inversé.
Le clade Ib est celui qui a provoqué la flambée en Afrique centrale et qui a conduit l'OMS à déclarer une urgence de santé publique de portée internationale. Il est arrivé en Europe par des cas importés, puis a commencé à circuler localement. En France, il est désormais associé à de la transmission autochtone.
Les chiffres à connaître
- 267 cas signalés du 1er janvier au 30 juin 2026, dont 10 non confirmés biologiquement.
- 67 cas au premier trimestre, un volume triplé au deuxième.
- 88 % des cas concernent des hommes.
- 65 % des cas génotypés en 2026 relèvent du clade Ib, contre 2 % en 2025.
- En métropole, la transmission touche majoritairement les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes. Dans les départements de l'océan Indien, la dynamique est différente : transmission principalement hétérosexuelle.
Cette dernière nuance est capitale, et elle est systématiquement escamotée dans les résumés grand public. Le mpox n'est pas une maladie qui vise une population. C'est une maladie qui suit des réseaux de contacts rapprochés, et ces réseaux ne sont pas les mêmes à Saint-Denis et à Saint-Denis de La Réunion.
Comment ça se transmet, concrètement
Le virus passe par contact direct et prolongé avec les lésions cutanées, les muqueuses, les fluides corporels, et aussi par le linge ou la literie contaminés. Les rapports sexuels sont un vecteur efficace parce qu'ils cochent toutes les cases : peau contre peau, durée, muqueuses.
Les signes typiques : fièvre, ganglions gonflés, puis une éruption vésiculeuse qui peut rester très localisée — parfois quelques boutons seulement, dans la région génitale ou anale. C'est le piège. Une éruption discrète peut être prise pour une IST banale, ou pour rien du tout, et la personne continue sa vie.
La période d'incubation s'étale sur plusieurs jours à trois semaines, ce qui rend le traçage de contacts laborieux.
Le vaccin : ce qu'il fait, ce qu'il ne fait pas
Le vaccin utilisé est le MVA-BN, commercialisé sous les noms Imvanex et Jynneos. C'est un vaccin vivant atténué non réplicatif, dérivé de la vaccine.
Les recommandations de la Haute Autorité de santé s'articulent en deux volets :
- Préventif, pour les personnes à haut risque d'exposition : hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes et personnes trans à partenaires multiples, travailleuses et travailleurs du sexe, personnels des lieux de rencontre sexuelle, ainsi que l'entourage proche de ces personnes.
- Réactif, en post-exposition, pour les contacts d'un cas confirmé — idéalement dans les quatre jours suivant le contact.
Le schéma standard, c'est deux doses espacées d'au moins 28 jours. Trois doses pour les personnes immunodéprimées. Et un rappel pour celles vaccinées en 2022, parce que le niveau d'anticorps chute significativement en deux ans. Ce dernier point est passé complètement sous les radars : des dizaines de milliers de personnes vaccinées lors de la campagne de 2022 se croient protégées à vie. Elles ne le sont pas.
L'efficacité mesurée en prévention pré-exposition est de 82 % au-delà de quatorze jours après deux doses. C'est un bon vaccin. Ce n'est pas un bouclier absolu.
Les zones d'ombre
Plusieurs choses coincent, et autant les nommer.
La surveillance génomique ne couvre pas tous les cas : 137 génotypages pour 267 cas signalés au premier semestre, cela veut dire qu'environ la moitié des cas n'ont pas été typés. On raisonne donc sur un échantillon.
La sévérité comparée du clade Ib chez des populations européennes bien nourries, avec accès aux soins et couverture VIH traitée, reste mal documentée. Les taux de létalité observés en Afrique centrale ne sont pas transposables tels quels — les contextes sanitaires n'ont rien à voir. Prudence des deux côtés : ni panique, ni minimisation.
La couverture vaccinale dans les populations ciblées n'a jamais atteint les objectifs fixés après 2022. Le rappel recommandé n'a pas fait l'objet d'une campagne visible. Résultat : on connaît la stratégie, elle est correcte sur le papier, et elle n'est pas appliquée à l'échelle nécessaire.
Enfin, la stigmatisation reste un frein documenté. Les personnes qui craignent d'être identifiées consultent plus tard, ou pas du tout. Chaque semaine de retard au diagnostic, c'est une chaîne de transmission qui s'allonge.
Ce qu'il faut faire, à titre individuel
Si vous appartenez à un des groupes ciblés par la HAS, la question à poser à votre médecin ou en CeGIDD tient en une phrase : où en est mon schéma vaccinal, et est-ce que j'ai besoin d'un rappel ?
En cas de lésion cutanée inhabituelle après un contact rapproché, y compris une seule vésicule dans la zone génitale ou anale, la conduite raisonnable est de consulter rapidement et de mentionner l'hypothèse. Les médecins ne pensent pas spontanément au mpox — c'est au patient de mettre le mot sur la table.
Les professionnels de santé, eux, sont invités à signaler tout cas suspect et à appliquer les recommandations vaccinales en vigueur. La vigilance estivale a été explicitement renforcée dans les bulletins régionaux d'août.
Ce qu'il faut retenir
Le mpox clade Ib s'est installé en France en un semestre, pendant que l'attention collective était ailleurs. Les outils existent — un vaccin efficace, une stratégie vaccinale claire, un réseau de surveillance qui fonctionne. Ce qui manque, c'est le passage à l'échelle et une communication qui n'attende pas le millier de cas pour se réveiller. Le prochain bulletin national, portant sur le troisième trimestre, dira si l'été a amplifié ou non la courbe.