GolemTechNews
Psycho

Santé mentale au travail 2026 : une amélioration fragile, révèle l'étude Ifop

Score de bien-être en hausse, troubles du sommeil en baisse : le grand baromètre 2026 dessine une embellie... à nuancer sérieusement.

La rédaction GolemTech News généré le 2026-08-02 5 min de lecture 4 sources
Santé mentale au travail 2026 : une amélioration fragile, révèle l'étude Ifop
Illustration : GolemTech News (IA)

Une « Grande Enquête » pour prendre le pouls des salariés français

C'est devenu un rendez-vous annuel scruté par les DRH, les médecins du travail et les pouvoirs publics : la Grande Enquête sur la santé mentale au travail, menée par Moka.Care en partenariat avec le Boston Consulting Group (BCG) et le GHU Paris psychiatrie & neurosciences. Pour son édition 2026, l'institut Ifop a interrogé, du 9 au 20 janvier 2026, un échantillon représentatif de 2 000 salariés français. Publiés cet été, dans un contexte où la santé mentale a été déclarée grande cause nationale en France pour la deuxième année consécutive, les résultats dessinent une France du travail qui va un peu mieux — mais dont les fractures internes se creusent.

Les chiffres de l'amélioration : ce qui va (un peu) mieux

Le principal indicateur suivi par l'étude est le score WHO-5, l'échelle de bien-être mental développée par l'Organisation mondiale de la santé. En 2026, ce score atteint 62,8 sur 100, en progression de trois points par rapport à 2025. Autre signal positif : 74 % des salariés interrogés se disent aujourd'hui en situation de bien-être mental, soit quatre points de plus que l'année précédente.

Plusieurs indicateurs de mal-être reculent dans le même mouvement :

  • Les troubles du sommeil touchent 48 % des salariés, contre 55 % en 2025.
  • L'irritabilité concerne 36 % des répondants, en baisse de six points.
  • La fatigue chronique reste toutefois élevée, à 41 %, tout comme le stress chronique, à 32 %.
  • Le burn-out cumulé sur cinq ans touche 24 % des salariés interrogés — près d'un quart de la population active ayant connu, à un moment ou un autre de ces cinq dernières années, un épuisement professionnel caractérisé.

Le revers de la médaille : jeunes, femmes et managers en première ligne

Cette embellie statistique masque des inégalités très marquées selon l'âge, le genre et la fonction occupée. Les salariés de moins de 35 ans sont particulièrement exposés : 76 % d'entre eux déclarent avoir déjà ressenti un trouble de santé mentale lié au travail. Chez les plus jeunes encore, les 18-24 ans, 46 % rapportent un stress chronique, contre 28 % seulement chez les salariés de 35 ans et plus — un écart de 18 points qui interroge sur l'entrée dans la vie professionnelle d'une génération confrontée à un marché du travail plus incertain.

L'écart de genre est tout aussi net : le score de bien-être des femmes s'établit à 60, contre 66 pour les hommes. Autre donnée documentée par l'enquête : 73 % des femmes ont déjà ressenti un trouble de santé mentale lié au travail, contre 62 % des hommes.

Les managers, souvent perçus comme le rempart contre les risques psychosociaux de leurs équipes, ne sont pas épargnés : un manager sur cinq déclare être lui-même en situation de mal-être. Or l'étude identifie précisément le management comme le levier numéro un de réduction des risques psychosociaux dans l'entreprise — ce qui pose la question de la soutenabilité du rôle pour ceux qui sont censés le porter.

Les conséquences concrètes sur l'activité professionnelle sont loin d'être anecdotiques :

  • 41 % des salariés déclarent avoir travaillé moins efficacement en raison de leur état mental.
  • 37 % ont connu un arrêt de travail lié à leur santé mentale.
  • 19 % ont démissionné pour cette raison.
  • Le burn-out représente à lui seul 42 % des arrêts de travail de plus d'un mois.

Télétravail et intelligence artificielle : des alliés inattendus du bien-être ?

Deux facteurs souvent pointés du doigt dans le débat public ressortent, dans cette édition, plutôt comme des soutiens au bien-être. Côté télétravail, 80 % des salariés concernés estiment qu'il améliore leur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, et 69 % se disent plus efficaces à distance. Côté intelligence artificielle, 66 % des répondants estiment qu'elle leur permet de gagner du temps au quotidien — même si l'inquiétude n'a pas disparu : 36 % perçoivent encore l'IA comme une menace pour leur emploi, un chiffre à surveiller alors que les usages professionnels de l'IA générative continuent de se banaliser.

Le vrai problème : la stigmatisation qui progresse

C'est sans doute l'enseignement le plus préoccupant du baromètre 2026 : alors que les indicateurs de bien-être s'améliorent globalement, le regard porté sur les troubles psychiques se durcit. 32 % des salariés considèrent aujourd'hui ces troubles comme un signe de faiblesse, soit dix points de plus qu'en 2025. Près d'un salarié sur deux (46 %) estime qu'ils posent problème dans le cadre professionnel. Et 29 % jugent que consulter un psychologue équivaut à un aveu d'échec — une proportion en hausse de douze points. Résultat de cette stigmatisation croissante : seuls 43 % des salariés en parlent à leur employeur, ce qui laisse penser que les chiffres officiels de mal-être, déjà élevés, restent probablement sous-évalués.

Ce que ça coûte aux entreprises

Au-delà de l'aspect humain, l'étude souligne un enjeu économique de plus en plus difficile à ignorer pour les directions d'entreprise : absentéisme, turnover et présentéisme (le fait de venir travailler tout en étant en réalité incapable d'être pleinement opérationnel) pèsent directement sur la productivité. Avec 37 % de salariés ayant connu un arrêt lié à leur santé mentale et 19 % de démissions pour ce motif, le sujet dépasse largement la seule responsabilité sociale des entreprises pour devenir un facteur de compétitivité RH, dans un contexte de tension déjà forte sur le recrutement dans de nombreux secteurs.

Que faire maintenant ?

Les auteurs de l'étude insistent sur un point : la détection précoce du burn-out et l'accompagnement de la réintégration après un arrêt sont des facteurs clés pour éviter que les situations ne s'aggravent. Le rôle du management, identifié comme premier levier de prévention, suppose une formation spécifique — et du temps, une ressource déjà rare pour des managers eux-mêmes sous tension. Pour les professionnels chargés d'évaluer et d'accompagner ces situations, des outils dédiés à la passation de tests psychométriques, comme PsyTestHub, permettent aux psychologues de structurer et fiabiliser leurs évaluations cliniques — un maillon utile dans une chaîne de prévention qui, selon cette Grande Enquête 2026, reste encore largement à consolider. Une chose est sûre : les chiffres qui s'améliorent ne doivent pas faire oublier ceux qui stagnent, ni la chape de silence — 57 % des salariés qui n'en parlent toujours pas à leur employeur — qui continue de peser sur le sujet.

Sources

  1. Santé mentale au travail : la Grande Enquête 2026 — Moka.Care
  2. Santé mentale au travail : une amélioration fragile en 2026 — My Happy Job
  3. Grande enquête 2026 sur la santé mentale au travail — Éditions Tissot
  4. Baromètre Santé mentale & QVCT 2026 — Qualisocial

À lire aussi