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Sel enrichi en potassium : 2,96 millions de morts évitées par an

Une modélisation publiée le 4 novembre dans Nature Health chiffre ce que rapporterait le remplacement du sel de table ordinaire par un substitut à 25 % de potassium.

La rédaction GolemTech News publié le 2026-11-06 6 min de lecture 4 sources
Sel enrichi en potassium : 2,96 millions de morts évitées par an
Illustration : GolemTech News (IA)

Changer la composition du sel. Pas le supprimer, pas prêcher la diète sans sel que personne ne suit : remplacer les trois quarts du chlorure de sodium par du chlorure de potassium et laisser les gens cuisiner comme avant. Une modélisation publiée le 4 novembre 2026 dans Nature Health met un chiffre sur ce geste minuscule : le sel enrichi en potassium, généralisé à l'échelle planétaire, éviterait 2,96 millions de décès par an. C'est l'ordre de grandeur de la mortalité annuelle du tabac en Europe. Pour un produit qui coûte quelques centimes de plus le kilo.

Ce que les chercheurs ont modélisé

Le travail vient du George Institute for Global Health, adossé à l'université de Nouvelle-Galles-du-Sud, en Australie, avec des collaborateurs internationaux. L'équipe n'a pas fait boire du sel à des volontaires : elle a construit un modèle de risque comparatif, appliqué à 193 pays et territoires, et à 4,63 milliards d'adultes de 25 ans et plus.

Le produit testé est banal, déjà en rayon dans plusieurs pays d'Asie et d'Europe du Nord : 75 % de chlorure de sodium, 25 % de chlorure de potassium. Au goût, la différence est faible — c'est tout l'intérêt, et c'est ce qui distingue cette stratégie des campagnes « mangez moins salé » qui butent sur trente ans d'habitudes.

Trois voies de substitution ont été passées à la moulinette :

  • tout le sel alimentaire, du paquet domestique à l'industrie agroalimentaire ;
  • uniquement le sel utilisé à la maison, en cuisine et à table ;
  • uniquement le sel des aliments transformés et de la restauration.

S'y ajoutent des variantes partielles, du type « la moitié des foyers basculent ».

Les chiffres, scénario par scénario

Le scénario maximal, celui où plus un gramme de sel ordinaire ne circule :

  • 2,96 millions de décès évités chaque année ;
  • 10,17 millions de nouveaux cas de maladies cardiovasculaires et de maladie rénale chronique en moins ;
  • 69,43 millions d'années de vie ajustées sur l'incapacité (DALY) épargnées.

Le plus intéressant tient dans les scénarios dégradés, ceux qui ressemblent à ce qu'un ministère de la Santé peut réellement obtenir. Changer seulement le sel des cuisines domestiques récupère déjà 1,85 million de décès évités, soit 63 % du bénéfice total. Ne toucher que l'industriel et la restauration : 1,56 million. Et une substitution à 50 %, scénario tiède d'une transition mal appliquée, produit encore 1,72 million de vies sauvées par an.

La géographie est très inégale. La Chine concentre 1,08 million de décès évitables, l'Inde près de 400 000 — logique, puisque le sel y passe massivement par la cuisine maison et que les niveaux de consommation sont élevés. Le Royaume-Uni, pays où le sel arrive surtout par le pain et les plats préparés, tombe à environ 13 000 décès et 60 000 cas évités. Dans 133 pays sur 193, le sel au potassium permettrait de supprimer au moins 10 % des décès cardiovasculaires.

Pourquoi un échange d'ions déplace autant de mortalité

Le mécanisme n'a rien d'exotique. Trop de sodium fait monter la pression artérielle ; trop peu de potassium la fait monter aussi. Le substitut agit donc sur les deux leviers en même temps : il retire du sodium et apporte du potassium, qui favorise l'excrétion rénale du sodium et détend la paroi vasculaire.

Or l'hypertension est le premier facteur de risque d'AVC et d'insuffisance cardiaque, et l'un des grands moteurs de la dégradation rénale. Quelques millimètres de mercure gagnés sur une population entière, multipliés par des milliards de personnes, donnent ces chiffres à sept zéros. C'est la logique de santé publique à son état le plus pur : un effet individuel presque imperceptible, un effet collectif énorme.

Cette hypothèse n'est pas sortie de nulle part. L'essai SSaSS, mené dans 600 villages du nord de la Chine auprès de volontaires à haut risque cardiovasculaire, avait déjà comparé sel ordinaire et sel de substitution sur plusieurs années, avec un bénéfice mesuré sur les AVC et la mortalité. L'OMS a d'ailleurs reconnu en 2025 le sel enrichi en potassium comme une stratégie coût-efficace de prévention cardiovasculaire.

Les angles morts à ne pas balayer

Il s'agit d'un modèle. Pas d'un essai, pas d'une observation. Les auteurs projettent des bénéfices à partir de relations dose-réponse établies ailleurs ; la réalité d'une politique publique ajoutera du bruit, des ruptures d'approvisionnement, des gens qui resalent parce que « ça a moins de goût ».

Le point dur, c'est le potassium lui-même. Chez une personne dont les reins filtrent mal, l'excès de potassium sanguin — l'hyperkaliémie — peut provoquer des troubles du rythme cardiaque. Sont concernés :

  • les patients en maladie rénale chronique avancée, stades G3 à G5 ;
  • ceux qui prennent des inhibiteurs de l'enzyme de conversion, des sartans ou des diurétiques épargneurs de potassium ;
  • certaines insuffisances surrénaliennes.

Les auteurs estiment que ce risque est probablement surévalué dans les discussions actuelles, et qu'il se gère par l'étiquetage, l'éducation des patients et le suivi clinique plutôt que par le renoncement. Position défendable. Elle suppose quand même que le pharmacien et le médecin traitant soient dans la boucle, ce qui ne se décrète pas.

Autre obstacle, très prosaïque : la capacité industrielle. Produire du chlorure de potassium de qualité alimentaire pour l'humanité entière demande de monter en volume, donc d'investir. Et dans les pays riches, l'essentiel du sodium ne vient pas de la salière mais du pain, de la charcuterie, des soupes et des plats préparés — autant dire qu'une bascule efficace passe par l'agroalimentaire, pas par le consommateur.

Le cas français

L'OMS recommande de rester sous 5 grammes de sel par jour. La consommation française dépasse largement ce seuil, et elle est surtout d'origine industrielle : pain, fromages, viandes transformées, snacks. Un sel de substitution en grande surface ne réglerait donc qu'une part du problème national — la part domestique, celle du geste à table.

Ce qui pèserait vraiment, c'est une reformulation des recettes industrielles. Elle se négocie, elle se légifère, elle prend des années. Les boulangeries ont déjà montré, lors des précédents plans de réduction du sel, qu'une baisse progressive passait inaperçue au goût. Le sel au potassium offre une marge supplémentaire : on ne retire pas la sensation salée, on la fabrique autrement.

Ce qu'il faut en garder

Le chiffre à retenir n'est pas 2,96 millions, scénario de laboratoire que personne n'atteindra. Ce sont les 1,85 million de décès évités par le seul sel des cuisines — un geste à portée d'un arrêté sur l'étiquetage et d'une politique de prix. Le bénéfice ne demande ni molécule nouvelle, ni dépistage, ni consultation.

Pour les professionnels de santé, la conséquence pratique est immédiate : à mesure que ces produits se banalisent, il faudra savoir qui doit les éviter. Repérer une insuffisance rénale, vérifier un traitement antihypertenseur, prévenir un patient sous sartan — c'est ce travail de prévention individuelle, moins spectaculaire qu'un modèle à 193 pays, qui décidera si la mesure se déroule sans incident.

Les travaux restent à confirmer par des essais de terrain hors de Chine, dans des pays où le sel passe par l'industrie. Mais pour une fois, l'intervention discutée n'exige pas de changer les comportements. Juste le contenu du sachet.

Sources

  1. Nature Health — Global health outcomes from replacing dietary sodium chloride with potassium-enriched salt
  2. Euronews — Healthier salt could prevent millions of deaths
  3. News-Medical — A simple salt swap could prevent nearly 3 million deaths a year
  4. ClinicalTrials.gov — China Salt Substitute and Stroke Study (SSaSS)

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