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Vaccination infantile en Europe : le recul qui ramène la rougeole

Les couvertures vaccinales des enfants stagnent ou baissent sur le continent, et les maladies qu'on croyait rangées au musée reviennent. Les États-Unis montrent où mène la pente.

La rédaction GolemTech News généré le 2026-09-17 6 min de lecture 4 sources
Vaccination infantile en Europe : le recul qui ramène la rougeole
Illustration : GolemTech News (IA)

La vaccination infantile en Europe recule, et la presse française s'en est emparée ce 17 septembre 2026 avec un vocabulaire inhabituellement direct : « détérioration préoccupante ». Le mot n'est pas excessif. Les données accumulées par l'OMS et l'UNICEF depuis la sortie de la pandémie racontent toutes la même histoire — une couverture qui n'est jamais remontée à son niveau d'avant 2020, et des maladies évitables qui en profitent.

On parle ici de la Région européenne de l'OMS, soit 53 pays d'Europe et d'Asie centrale. Pas seulement de l'Union.

Les chiffres, sans emballage

Entre 2019 et 2024, voici comment ont évolué les couvertures vaccinales des enfants dans cette région :

  • deuxième dose du ROR (rougeole-oreillons-rubéole) : de 92 % à 91 % ;
  • troisième dose du DTC (diphtérie-tétanos-coqueluche) : de 95 % à 93 % ;
  • troisième dose du vaccin antipoliomyélitique : de 95 % à 93 % ;
  • troisième dose contre l'hépatite B : de 92 % à 91 %.

Deux points de pourcentage, ça n'a l'air de rien. Rapporté à une cohorte de naissances européenne, ça se compte en centaines de milliers d'enfants non protégés chaque année, et ça s'accumule d'une classe d'âge à l'autre.

Tout ne baisse pas, d'ailleurs, et c'est important de le dire. Sur la même période, la première dose du vaccin HPV est passée de 37 % à 40 % chez les filles, et surtout de 8 % à 26 % chez les garçons. Le rotavirus a bondi de 24 % à 42 %, l'Haemophilus influenzae type b de 81 % à 93 %, le pneumocoque conjugué de 81 % à 86 %. Les programmes récents progressent ; ce sont les vaccins historiques, ceux qu'on croyait acquis, qui s'effritent.

Et les moyennes régionales masquent des trous béants. En 2024, certains pays de la région ont déclaré 23 % de couverture pour la première dose de ROR, et 51 % pour la troisième dose de DTC. À ces niveaux-là, on ne parle plus de relâchement : on parle d'effondrement local d'un programme de santé publique.

Ce que ça donne en maladies réelles

Les conséquences n'ont pas attendu.

  • Coqueluche : environ 300 000 cas déclarés dans la Région européenne en 2024, soit trois fois plus qu'en 2023. « Rien que l'année dernière, près de 300 000 personnes ont contracté la coqueluche dans notre Région », relevait Hans Henri P. Kluge, directeur régional de l'OMS pour l'Europe.
  • Rougeole : plus de 125 000 cas en 2024, le double de 2023, et selon Regina De Dominicis, directrice régionale de l'UNICEF, la plus forte poussée depuis près de trente ans.

La rougeole est le marqueur le plus fiable d'un système de vaccination qui lâche. C'est le virus respiratoire le plus contagieux connu : un cas en contamine en moyenne quinze à dix-huit dans une population non protégée. Quand elle revient, c'est que la maille a craqué.

Bonne nouvelle relative : la surveillance mensuelle de l'ECDC montre que le pic n'est pas permanent. En juin 2026, sur 28 pays déclarants, neuf ont rapporté un total de 188 cas et dix-neuf n'en ont signalé aucun. La rougeole en Europe fonctionne par vagues saisonnières et par foyers localisés, pas par nappe continue. Ce qui ne veut pas dire que le risque baisse — ça veut dire qu'il attend.

Pourquoi 95 %, et pas 90

Le seuil que répètent les épidémiologistes n'est pas un chiffre rond choisi au hasard. Pour bloquer la circulation de la rougeole, il faut environ 95 % de couverture à deux doses, chaque année, dans chaque communauté.

Les trois précisions comptent autant que le nombre.

  • Deux doses, parce que la première protège environ 93 % des enfants, la seconde rattrape l'essentiel des autres.
  • Chaque année, parce que l'immunité collective n'est pas un stock : chaque nouvelle cohorte de nourrissons arrive vierge.
  • Chaque communauté, et c'est le point que les moyennes nationales escamotent. Un pays à 94 % peut très bien abriter un quartier, une école ou une communauté religieuse à 60 %. Le virus n'a pas besoin du reste du pays : il lui suffit de ce trou-là.

Plus de la moitié des pays de la Région européenne n'atteignaient pas ce seuil en 2024.

Les États-Unis, laboratoire de ce qui arrive quand ça craque

Outre-Atlantique, la démonstration est en cours et elle est brutale. Au 15 septembre 2026, les autorités sanitaires américaines avaient recensé 3 134 cas de rougeole sur l'année — après 2 318 dès juillet, ce qui en faisait déjà la pire année depuis plus de trois décennies.

Le détail géographique est parlant :

  • Caroline du Sud : 997 cas, épidémie officiellement close le 27 avril 2026 ;
  • Pennsylvanie : 693 cas répartis sur 37 comtés, et au moins quatre décès confirmés au 15 septembre — deux nourrissons, une femme de 40 ans, un jeune de 18 ans ;
  • Utah : 607 cas dans 22 des 29 comtés de l'État.

Derrière, une statistique unique : la couverture ROR des enfants entrant en maternelle est tombée à 92,5 % en 2025 au niveau national. Sous le seuil. Et les États-Unis risquent désormais de perdre leur statut d'élimination de la rougeole, un dossier qui doit être présenté à l'Organisation panaméricaine de la santé d'ici novembre 2026.

Perdre ce statut, ce serait revenir en arrière de vingt-cinq ans. Pour un pays qui a déclaré la maladie éliminée en 2000.

Pourquoi ça décroche

Il n'y a pas une cause mais un empilement, et réduire le phénomène au seul complotisme antivaccin est confortable autant qu'inexact.

  • Le trou creusé pendant la pandémie n'a jamais été comblé : des cohortes entières de 2020-2021 ont sauté des rendez-vous qui n'ont pas été rattrapés.
  • L'accès aux soins primaires s'est dégradé dans plusieurs pays — déserts médicaux, délais, centres de PMI fermés. Une famille motivée mais sans rendez-vous disponible produit le même résultat qu'une famille hésitante.
  • L'hésitation vaccinale, elle, s'est installée durablement dans des segments de population identifiés, souvent concentrés géographiquement, ce qui aggrave l'effet de poche.
  • Les conflits et déplacements de population en Europe de l'Est et en Asie centrale ont désorganisé des programmes de routine.

À cela s'ajoute un problème de perception que les soignants connaissent bien : la vaccination est victime de son succès. Personne n'a peur d'une maladie qu'il n'a jamais vue. Un parent de 2026 n'a aucun souvenir d'une encéphalite rougeoleuse ou d'un enfant intubé pour une coqueluche maligne.

Ce qui marche, et ce qu'il faut regarder

Les leviers efficaces ne sont pas mystérieux — ils sont juste peu spectaculaires.

  • Le rattrapage actif : aller chercher les enfants en retard plutôt qu'attendre qu'ils viennent. Les relances ciblées à partir des registres fonctionnent.
  • L'élargissement des professionnels habilités à vacciner : pharmaciens, infirmiers, sages-femmes. Chaque point de contact supplémentaire récupère des doses perdues.
  • Le travail de proximité dans les communautés sous-vaccinées, qui demande du temps et des relais locaux, et qui donne des résultats là où les campagnes nationales glissent sans accrocher.

Le prochain jalon à surveiller : la décision de l'Organisation panaméricaine de la santé sur le statut américain, attendue vers novembre 2026. Et, plus près de nous, les bilans de rentrée scolaire européens — c'est en septembre-octobre que se forment les foyers qui explosent en janvier.

Sources

  1. OMS Europe / UNICEF — Les taux de vaccination des enfants sont en recul en Europe
  2. ECDC — Surveillance and updates on measles
  3. Measles resurgence in the United States (données CDC compilées)
  4. CNews — « Une détérioration préoccupante » : le recul des vaccinations infantiles

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