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Violences gynécologiques : 8 patientes sur 10 signalent une atteinte au consentement

Plus de 10 000 réponses, six mois d'enquête : le rapport StopVOG met des chiffres sur ce que des milliers de femmes racontent depuis des années.

La rédaction GolemTech News généré le 2026-08-09 6 min de lecture 4 sources
Violences gynécologiques : 8 patientes sur 10 signalent une atteinte au consentement
Illustration : GolemTech News (IA)

Il manquait des chiffres. Depuis que l'expression violences gynécologiques est entrée dans le débat public français, autour de 2014-2015, le sujet vivait de témoignages, de hashtags et de rapports institutionnels ponctuels. Ce qui n'existait pas, c'était une enquête nationale dédiée spécifiquement au consentement pendant l'examen. L'association StopVOG l'a menée et en a publié les résultats complets mi-juillet 2026. Ce qui en ressort n'est pas un catalogue d'incidents isolés.

Une enquête que personne n'avait faite

Le dispositif est simple et c'est justement sa force : un questionnaire en ligne, ouvert du 30 juillet au 31 décembre 2025, diffusé sur toute la France.

  • 10 152 questionnaires complets exploités ;
  • 98 % des répondants sont des femmes ;
  • couverture nationale, tous types de praticiens confondus — gynécologues, sages-femmes, médecins généralistes, échographistes.

Les résultats détaillés ont été rendus publics le 17 juillet 2026. L'association les verse au débat en vue de l'examen parlementaire d'une proposition de loi-cadre contre les violences sexistes et sexuelles à la rentrée.

Les chiffres bruts

Ils sont difficiles à lire d'affilée.

  • 80,95 % des répondantes rapportent au moins une atteinte à leur consentement lors d'un examen gynécologique ;
  • 84,6 % déclarent avoir eu du mal à refuser un examen ;
  • 84 % disent ne pas avoir reçu d'explication sur l'intérêt de l'acte pratiqué ;
  • 51,3 % ont subi un examen poursuivi malgré la douleur ou malgré leur demande d'arrêt ;
  • 26,35 % rapportent un acte réalisé sans avoir été prévenues ;
  • 31,7 % ont accepté sous la pression ou par sentiment d'obligation ;
  • 4,1 % décrivent un acte pratiqué malgré un refus explicitement formulé ;
  • 55 % estiment que leurs douleurs ont été minimisées ;
  • 39,8 % rapportent des discriminations subies en consultation ;
  • 70 % décrivent un mal-être après la consultation.

En agrégeant les situations les plus graves — examen par surprise, sous contrainte, malgré la douleur, malgré le refus — StopVOG arrive à 56,3 % de répondantes concernées par au moins une situation susceptible, selon l'association, de relever de la violence sexuelle.

Ce que « atteinte au consentement » recouvre concrètement

Le terme est juridiquement lourd et pratiquement flou. L'enquête a le mérite de détailler les gestes concernés. Les actes les plus fréquemment cités :

  • pose du spéculum (environ 20 % des situations rapportées) ;
  • toucher vaginal (environ 15 %) ;
  • frottis cervico-utérin (environ 14 %) ;
  • pose de DIU — le stérilet (environ 13 %) ;
  • échographie endovaginale (environ 12 %).

La pose de stérilet mérite un mot à part. C'est l'un des actes les plus douloureux de la gynécologie courante, et l'un de ceux pour lesquels la prise en charge de la douleur reste la plus inégale d'un praticien à l'autre — de l'anesthésie locale proposée d'emblée au « ça va piquer deux secondes » suivi de trois minutes très longues.

Autre point relevé : la présence de tiers, notamment d'étudiants en médecine, pendant des soins intimes. De nombreuses répondantes rapportent avoir découvert cette présence sans l'avoir acceptée. Le cadre légal existe pourtant : le consentement du patient est requis pour la présence d'un étudiant lors d'un examen. Dans les faits, il est souvent présumé plutôt que demandé.

Environ 10 % des répondantes décrivent des touchers inappropriés sur des zones intimes sans lien avec le motif de consultation.

Les conséquences : ce n'est pas qu'un mauvais souvenir

C'est peut-être la partie la plus importante du rapport, parce qu'elle bascule le sujet du registre du ressenti individuel vers celui de la santé publique.

  • 50,59 % des répondantes rapportent des manifestations psychologiques consécutives : anxiété, troubles du sommeil, évitement ;
  • 5,44 % présentent un profil compatible avec un trouble de stress post-traumatique ;
  • 53 % ont interrompu ou retardé leur suivi gynécologique.

Ce dernier chiffre est celui qui devrait faire réagir les autorités sanitaires. Un suivi gynécologique interrompu, c'est un frottis non fait, un dépistage du cancer du col repoussé, une contraception mal ajustée, une endométriose diagnostiquée cinq ans plus tard. La France peine déjà à atteindre ses objectifs de couverture pour le dépistage du col de l'utérus. Un renoncement aux soins de cette ampleur pèse mécaniquement dessus.

89,4 % des répondantes formulent la même attente : que le consentement soit sollicité avant chaque acte.

Les limites, que le rapport ne cache pas

Honnêteté méthodologique : les auteurs eux-mêmes précisent que ces résultats ne prétendent pas être représentatifs de l'ensemble des consultations gynécologiques en France.

Le biais est structurel et connu. Un questionnaire en ligne, relayé par une association qui milite précisément sur ce terrain, attire prioritairement les personnes ayant quelque chose à raconter. Une femme dont les vingt dernières consultations se sont bien passées n'a pas de raison particulière de cliquer.

Ce que l'enquête établit solidement, ce n'est donc pas un taux de prévalence dans la population générale. C'est autre chose, et ce n'est pas rien : l'existence d'un phénomène de masse, documenté sur plus de 10 000 cas, avec des schémas récurrents — l'absence d'explication préalable, la douleur minimisée, la difficulté à dire non dans une position physique et sociale de vulnérabilité extrême.

Il faut aussi rappeler que le rapport ne dit pas que les soignants sont majoritairement malveillants. La plupart des situations décrites relèvent d'automatismes, de cadences de consultation, d'une formation où le consentement pour un acte intime n'a longtemps été qu'une ligne théorique.

Ce que demande StopVOG

Les recommandations tiennent en quelques axes :

  • recueillir un consentement libre, éclairé et renouvelé avant chaque examen intime — et pas une fois pour toutes en début de consultation ;
  • informer systématiquement sur la nature de l'acte, son intérêt et les alternatives ;
  • intégrer explicitement les violences obstétricales et gynécologiques dans la formation initiale et continue des soignants ;
  • encadrer la présence de tiers et d'étudiants ;
  • renforcer l'information des patientes sur leurs droits, y compris le droit d'interrompre un examen en cours.

L'association espère voir ces points repris dans la proposition de loi-cadre contre les violences sexistes et sexuelles attendue à la reprise des travaux parlementaires.

Ce qui va se jouer

Le débat va inévitablement se cristalliser sur un point : faut-il légiférer ou faire confiance à l'évolution des pratiques ? Les sociétés savantes ont déjà produit des recommandations sur le consentement — elles existent, elles sont accessibles, et 84 % des répondantes disent malgré tout ne pas avoir reçu d'explication sur l'acte pratiqué. L'écart entre la recommandation et le cabinet est là.

Du côté des praticiens, l'objection est prévisible et pas illégitime : demander un consentement explicite, expliquer, laisser le temps de refuser, ça prend des minutes qu'un tarif de consultation à quart d'heure n'a pas prévues. C'est aussi un problème d'organisation du système, pas seulement de posture individuelle.

Reste que quelques phrases simples — « je vais poser le spéculum, dites-moi si vous voulez que j'arrête », « acceptez-vous qu'un étudiant assiste ? » — coûtent quinze secondes. Le rapport StopVOG donne surtout une idée de ce que coûte leur absence.

Sources

  1. StopVOG — Rapport d'enquête nationale sur le consentement en gynécologie
  2. franceinfo — Ce qu'il faut retenir du rapport sur le consentement en gynécologie
  3. Europe 1 — Une enquête nationale alerte sur des atteintes massives aux droits des patientes
  4. STOP VOG — Enquête nationale sur le consentement en gynécologie

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