Wegovy comprimé : 5 millions d'ordonnances, et la France attend
Novo Nordisk relève ses prévisions grâce à la pilule anti-obésité. En France, on en est encore à l'injection, remboursée depuis juin sous conditions serrées.
Novo Nordisk n'avait pas relevé ses prévisions depuis longtemps. Le 4 août 2026, le laboratoire danois l'a fait, et il a désigné le responsable sans détour : le Wegovy comprimé, lancé aux États-Unis le 5 janvier. Sept mois plus tard, plus de cinq millions d'ordonnances. Pour un médicament dont tout le monde disait qu'il ne marcherait jamais aussi bien par voie orale, c'est un démenti sec.
Ce qui s'est passé le 4 août
Novo Nordisk avait passé 2025 et le début 2026 à encaisser. Concurrence d'Eli Lilly, préparations magistrales sauvages aux États-Unis, guerre des prix. En mai 2026, le groupe anticipait encore un recul de son chiffre d'affaires ajusté compris entre 4 % et 12 % à taux de change constants.
Le 4 août, révision : le recul attendu passe à une fourchette de 0 % à 6 %. Autrement dit, le scénario noir s'éloigne.
Les chiffres du deuxième trimestre :
- 78,4 milliards de couronnes danoises de chiffre d'affaires ajusté, en hausse de 7 % sur un an
- 33,4 milliards de bénéfice d'exploitation ajusté, +11 %
- 3,22 milliards de ventes trimestrielles pour le comprimé Wegovy, un poil sous les 3,3 milliards attendus par les analystes
Le PDG a résumé la chose ainsi : « Le portefeuille Wegovy demeure un moteur de croissance clé porté par l'adoption rapide du comprimé. » Traduction : l'oral n'a pas cannibalisé l'injectable, il a ouvert un nouveau marché.
Pourquoi un comprimé, c'est techniquement dur
Le sémaglutide est un peptide. Un peptide avalé, en principe, ça finit digéré par les enzymes de l'estomac avant d'avoir atteint la circulation sanguine. C'est pour ça que la quasi-totalité des analogues du GLP-1 se font en injection sous-cutanée hebdomadaire.
La parade repose sur un excipient qui élève localement le pH de la muqueuse gastrique et protège la molécule assez longtemps pour qu'une fraction passe la barrière. Une fraction seulement — d'où des dosages oraux beaucoup plus élevés que les doses injectées pour un effet comparable. C'est aussi pourquoi ces comprimés se prennent tous les jours, à jeun, avec très peu d'eau et un délai avant le petit-déjeuner.
Aux États-Unis, le comprimé est proposé entre 149 et 299 dollars par mois selon le dosage et le canal. C'est nettement en dessous des tarifs historiques de l'injectable non remboursé, ce qui explique une bonne partie de la traction commerciale.
En France, on n'en est pas là
Le Wegovy comprimé n'est pas commercialisé en France. Ce qui est disponible, et remboursé depuis le 15 juin 2026, c'est l'injectable — Wegovy (sémaglutide) et Mounjaro (tirzépatide), pris en charge à 65 % par l'Assurance maladie après avis favorable de la HAS et négociation avec le CEPS.
Les conditions sont strictes, et il faut les lire en entier avant de fantasmer une prescription facile :
- IMC ≥ 40 kg/m² sans comorbidité exigée ;
- ou IMC ≥ 35 kg/m² avec au moins une comorbidité de la liste : diabète de type 2, HTA traitée, hypertriglycéridémie supérieure à 5 g/L, stéatose hépatique ou NASH, fibrose hépatique, SOPK, troubles de la fertilité, maladie rénale chronique, cirrhose Child A, apnées du sommeil avec IAH ≥ 15/h, asthme sévère lié à l'obésité, atteintes ostéo-articulaires invalidantes, incontinence urinaire invalidante, hernie pariétale, hypertension intracrânienne, handicap moteur ;
- échec documenté d'une prise en charge nutritionnelle bien conduite, défini comme une perte de poids inférieure à 5 % à six mois ;
- prescription initiale réservée aux Centres spécialisés de l'obésité, CHU, services de gastro-entérologie, endocrinologie, diabétologie ou nutrition, et endocrinologues travaillant en lien avec un CSO.
Prix publics TTC constatés : de 146,91 € à 195,10 € pour Wegovy FlexTouch, de 176,10 € à 433,80 € pour Mounjaro KwikPen selon le dosage.
Ce circuit d'initiation fermé est le vrai goulot d'étranglement. Il ne suffit pas de cocher les critères : il faut décrocher un rendez-vous dans une structure spécialisée, et les délais dans les CSO se comptent en mois.
Ce qui arrive derrière
La course ne s'arrête pas au sémaglutide oral.
L'amycrétine, dans le pipeline de Novo Nordisk, est un double agoniste GLP-1 / amyline développé en forme orale. Les résultats préliminaires publiés par le laboratoire suggèrent une efficacité supérieure à celle du sémaglutide — mais ce sont des données précoces, sur de petits effectifs, et il faut les traiter comme telles.
Le rétatrutide d'Eli Lilly, triple agoniste GIP / GLP-1 / glucagon, a affiché environ −28,7 % de poids en essai de phase 3. Le laboratoire a annoncé en juillet 2026 viser un dépôt réglementaire auprès de la FDA au premier trimestre 2027. Autant dire que ce n'est pas pour les pharmacies françaises avant un bon moment.
L'orforglipron, toujours chez Lilly, est une petite molécule orale — pas un peptide — ce qui la rend beaucoup plus simple à fabriquer et à distribuer à grande échelle. C'est probablement là que se jouera la bataille du volume.
Les questions qu'on évite
L'euphorie boursière ne règle rien de ce qui pose problème sur le terrain.
La reprise de poids à l'arrêt reste la donnée la plus dérangeante de toute cette classe thérapeutique. Ces traitements agissent tant qu'on les prend. Passer à une forme orale quotidienne améliore l'acceptabilité mais ne transforme pas un traitement chronique en cure.
La perte de masse maigre accompagne la perte de poids, et la question de l'accompagnement nutritionnel et de l'activité physique — censée être un préalable au remboursement français — devient encore plus centrale quand le médicament est plus facile d'accès.
Le détournement à visée esthétique, enfin. Un comprimé se prescrit, se revend et se commande en ligne bien plus facilement qu'un stylo injecteur réfrigéré. Le marché gris des GLP-1 a déjà prospéré sur l'injectable ; l'oral lui offre un terrain autrement plus confortable.
Ce qu'un patient français doit retenir
Rien ne change dans l'immédiat de ce côté-ci de l'Atlantique : l'accès passe toujours par un IMC élevé, une comorbidité documentée, un échec nutritionnel prouvé et une prescription initiale hospitalière ou spécialisée. La forme orale, quand elle arrivera, devra repasser par la HAS et le CEPS.
Ce que dit vraiment le résultat du 4 août, c'est que la contrainte de l'injection freinait davantage l'adoption que ne le pensaient les industriels. Cinq millions d'ordonnances en sept mois, ce n'est pas une percée pharmacologique. C'est une leçon d'observance.
Sources
- Echos Plus — Novo Nordisk relève ses prévisions grâce au Wegovy en comprimés
- Pharma GDD — Mounjaro et Wegovy remboursés dès le 15 juin 2026
- CNBC — Eli Lilly will file for approval of retatrutide in 2027
- Allo Docteurs — Obésité : un nouveau médicament plus efficace ?
- Eli Lilly — Retatrutide Phase 3 obesity trial results