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Dépistage néonatal : cinq maladies rares de plus à l'étude

La HAS va évaluer l'ajout de cinq maladies lysosomales et peroxysomales au test du talon. Décision attendue début 2027, après 100 000 bébés testés à Rouen.

La rédaction GolemTech News généré le 2026-10-08 6 min de lecture 4 sources
Dépistage néonatal : cinq maladies rares de plus à l'étude
Illustration : GolemTech News (IA)

Quelques gouttes de sang prélevées au talon, déposées sur un buvard, au troisième jour de vie : le dépistage néonatal français fonctionne sur ce principe depuis 1972, gratuitement, pour tous les bébés nés sur le territoire. La Haute Autorité de santé vient d'annoncer qu'elle allait évaluer l'opportunité d'y ajouter cinq maladies rares de plus. Décision attendue début 2027. Derrière cette ligne d'agenda administratif, il y a des familles qui passent parfois des années à chercher un diagnostic, et un débat médical qui ne se résume pas à « dépister plus, c'est mieux ».

Les cinq maladies concernées

Il s'agit de pathologies lysosomales et peroxysomales — des maladies du métabolisme cellulaire, dans lesquelles une enzyme manquante empêche la dégradation de certaines molécules, qui s'accumulent et abîment les organes, le système nerveux ou les muscles.

La liste évaluée par la HAS :

  • l'adrénoleucodystrophie liée à l'X (ALD) ;
  • la leucodystrophie métachromatique (LDM) ;
  • la maladie de Pompe (MP) ;
  • la mucopolysaccharidose de type I (MPS I) ;
  • le déficit en lipase acide lysosomale (DLAL).

Ce ne sont pas des noms familiers, et pour cause : chacune touche une naissance sur plusieurs dizaines de milliers. Prises ensemble, dans un pays où naissent plus de 650 000 enfants par an, elles concernent malgré tout plusieurs dizaines de bébés chaque année.

Pourquoi le moment du diagnostic change tout

C'est le cœur du sujet. Pour la plupart de ces maladies, les traitements disponibles — enzymothérapie substitutive, greffe de cellules souches hématopoïétiques, et désormais thérapie génique sur certains tableaux — ont une efficacité qui dépend presque entièrement du moment où l'on intervient.

La logique est désagréablement simple :

  • les lésions neurologiques, une fois installées, ne se réparent pas ;
  • un enfant diagnostiqué après l'apparition des symptômes a déjà perdu du terrain définitivement ;
  • un enfant repéré à la naissance, asymptomatique, peut être traité avant la casse.

Dans l'adrénoleucodystrophie liée à l'X, par exemple, la fenêtre d'intervention sur la forme cérébrale de l'enfant est étroite et se referme vite. C'est l'argument central des associations de patients : le dépistage ne sert pas à savoir, il sert à traiter à temps.

À l'inverse, un diagnostic tardif suit souvent un parcours désormais bien documenté : des mois d'errance, des examens répétés, des hypothèses successives, et une annonce qui arrive quand les options se sont refermées.

Ce que la France dépiste déjà

Le programme national couvre treize groupes de maladies, après plusieurs élargissements successifs — on est loin du dépistage unique de la phénylcétonurie des débuts. Hypothyroïdie congénitale, hyperplasie congénitale des surrénales, mucoviscidose, drépanocytose, déficit en MCAD et plusieurs maladies métaboliques font partie du socle, auquel s'ajoute le dépistage de la surdité permanente néonatale.

Quelques repères sur le dispositif :

  • prélèvement au 3e jour de vie, sur buvard (le fameux test de Guthrie) ;
  • participation quasi universelle, le dépistage étant proposé à toutes les naissances et gratuit ;
  • organisation régionale, avec des centres chargés de rappeler les familles en cas de résultat positif ;
  • un principe de base rarement expliqué aux parents : un test positif n'est pas un diagnostic, il déclenche une confirmation.

Les données qui ont déclenché l'évaluation

La HAS ne part pas d'une pétition. Elle s'appuie sur le projet LysoNeo, conduit par le laboratoire de biochimie métabolique du CHU de Rouen, sous la coordination des professeurs Soumeya Bekri et Abdellah Tebani.

Les ordres de grandeur :

  • phase 1 : 100 000 nouveau-nés inclus entre 2021 et 2024, avec l'évaluation de la faisabilité d'un dépistage de treize maladies lysosomales ;
  • phase 2 : 60 000 inclusions supplémentaires prévues entre 2025 et 2027 ;
  • les conclusions de la première phase ont conduit à recommander l'extension du dépistage national à quatre pathologies lysosomales (LDM, maladie de Pompe, MPS I, DLAL), l'évaluation de la HAS portant pour sa part sur cinq maladies en incluant l'ALD liée à l'X.

Une cohorte de 100 000 bébés, ce n'est pas un détail méthodologique : c'est ce qui permet d'estimer le taux de faux positifs, le volume de rappels de familles et la charge réelle imposée aux laboratoires.

Le calendrier et la méthode

L'instruction suit un circuit balisé. Un groupe de travail se réunit trois fois sur la durée du projet : une réunion de présentation à distance, puis deux journées complètes dans les locaux de la HAS, en mai et en septembre 2026. Vient ensuite la consultation des parties prenantes, puis la validation par les instances de la HAS. La décision sur les cinq maladies est attendue début 2027.

Si l'avis est favorable, il faudra encore un arrêté, une adaptation des plateformes de biologie et la formation des équipes de maternité. Entre une recommandation et le premier buvard analysé pour une nouvelle maladie, comptez facilement un à deux ans de plus.

Les objections sérieuses

Elles existent, et elles ne viennent pas d'adversaires du dépistage.

  • Les formes à début tardif. Plusieurs de ces maladies peuvent se déclarer à l'âge adulte, ou rester silencieuses. Dire à des parents que leur nouveau-né en bonne santé développera peut-être une pathologie grave dans quarante ans, sans pouvoir dire ni quand ni comment, crée une situation médicale et psychologique inédite.
  • Les faux positifs. Multiplier les cibles sur un même buvard augmente mécaniquement le nombre de familles rappelées pour rien. Le stress de l'attente de confirmation est réel, et il est massif comparé au nombre de cas réellement détectés.
  • Les porteurs et les variants de signification inconnue. Les techniques modernes révèlent des anomalies génétiques qu'on ne sait pas interpréter. Que fait-on de cette information dans un dossier médical qui suivra l'enfant toute sa vie ?
  • Le coût d'opportunité. Chaque euro investi dans un dépistage supplémentaire est un euro qui ne va pas aux centres de référence maladies rares, déjà sous tension — et qui devront prendre en charge les enfants dépistés.
  • Dépister sans traiter. Le critère historique veut qu'on ne dépiste que ce qu'on peut soigner. La thérapie génique brouille cette règle : disponible pour certaines indications, extrêmement coûteuse, pas accessible partout.

Ce qu'il faut suivre

Trois points concrets vont déterminer la suite.

  1. L'arbitrage de la HAS début 2027 : cinq maladies, quatre, ou un ajout par étapes ?
  2. Les résultats de la phase 2 de LysoNeo, qui porteront le total de bébés testés à 160 000 et affineront les taux de détection.
  3. La capacité des filières de soin à absorber le flux : un dépistage sans parcours de prise en charge derrière ne produit que de l'angoisse.

Pour les parents, rien ne change aujourd'hui : le buvard du troisième jour reste ce qu'il est. Mais si vous avez un enfant né récemment et que vous ne savez pas exactement ce qui a été recherché dans ces gouttes de sang, votre maternité ou votre centre régional de dépistage néonatal peut vous le dire. C'est une information à laquelle vous avez droit, et très peu de familles la demandent.

Sources

  1. franceinfo — La HAS va évaluer le dépistage de cinq maladies rares supplémentaires
  2. HAS — Note de cadrage : dépistage néonatal de cinq maladies lysosomales et peroxysomales
  3. CHU de Rouen — Projet LysoNeo, dépistage néonatal des maladies lysosomales
  4. HAS — Dépistage néonatal : quelles maladies dépister ?

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